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Avalez une pilule de Dana Wyse et tout ira mieux !
Ah ! si la vie était aussi simple que les pilules magiques de Dana Wyse... Il suffirait de s'avaler un de ces médicaments pour comprendre le sens de la vie, apprendre à son bébé à parler, avoir l'air belle dans ses jeans ou devenir un réparateur de télévision.
Mais derrière l'apparence ludique de ces sachets, interrogez-vous sur le sens de ces désirs et fantasmes... Réponses de Dana Wyse sur le sens de ses oeuvres.


La série de sachets de pilules se nomme Supermarket art. Pouvez-vous en dire un peu plus sur ce titre ?
Le terme « supermarket art » est né accidentellement pendant les trente premières secondes de ma toute première interview.
J’étais terrifiée et avait amené avec moi pour me soutenir mon amie Lorène. La journaliste attendait patiemment ma réponse à la question qu’elle avait déjà répétée deux fois. « - Comment appelez-vous votre art ? demanda-t-elle. - Supermarket Art ! répondit Lorène. Elle appelle ça Supermaket Art. » Si vous voulez savoir pourquoi les pilules ont été appellées « supermarket art »,
vous allez devoir demander à Lorène.
Quels sont les thèmes abordés ? Des désirs universels de la population «bien-pensante» ?
Le projet autour des pilules est complètement autobiographique et détaille les thèmes existentiels auxquels je suis
confrontée tous les jours. Qu’est-ce que c’est d’être vivant ? De quoi ai-je besoin pour m’en sortir, pour avoir une vie réussie,
pour être un bon être humain ? De quoi suis-je témoin chaque jour ?
Les thèmes présents dans mon travail ? La vieillesse, la fidélité, l’amour, l’acceptation, l’apprentissage, les races et les
religions, l’identité, la sexualité, la compréhension, la guérison, la mort, la peur, le souvenir, l’oubli, le changement, les
mensonges et la déception, la plaisir et la perfection, la foi, le contrôle et les miracles... et tout cela arrive instantanément. Avec
une utopique facilité !
Je ne peux pas dire que mes désirs sont ceux de la « population bien- pensante ». Par exemple, je considère qu’il est
essentiel dans la vie d’être un maître dans l’art de faire une pipe.
D'ailleurs, ces sachets sont en vente dans les galeries ou librairies de musée, n'aimeriez-vous pas les vendre directement dans les supermarchés ?
Les pilules sont déjà en vente dans quelques supermarchés aux Etats-Unis. Entre les collants pour femmes et le rayon de nourriture pour chats.
Pensez-vous que les produits vendus en supermarchés ont un peu la même fonction que vos pilules ? Au fond, ils aident à se rapprocher d'une norme.
Pour moi, les pilules encouragent l’auto-transformation et la liberté absolue. Beauté ! Devenez la personne que vous voulez
être... en moins de trois minutes ! Les produits vendus en supermarchés sont - au contraire - des endormisseurs de pensées,
des tueurs de l’âme. Des logos de grosses compagnies, des céréales sucrées et des viandes faits de paupières de cochons.
À l'inverse, les musées sont-ils des supermarchés de l'art contemporain ?
Non, je ne pense pas qu’ils soient des supermarchés du tout parce qu'un homme ordinaire ne peut pas acheter ce qui se
trouve sur les étagères des musées. Je vois plutôt les musées comme des lieux de rêve. Vous ne quittez pas un musée avec
une œuvre d’art dans un sac en plastique. Vous le quittez avec un souvenir de l’œuvre... ce qui est beaucoup plus fort. Demandez-moi si je pense que des foires comme la FIAC sont des supermarchés de l’art contemporain et j’aurais une autre réponse.
Pensez-vous (et voudriez-vous) que ces produits puissent être vendus et consommés sans deuxième degré ?... sans ironie...
Bien sûr.
Pour finir, pourriez-vous présenter et commenter brièvement quelques sachets ?
Trois de mes titres favoris sont « Rappelez-vous instantanément chaque détail de votre vie... incluant votre propre naissance », « Soyez un auteur à succès instantanément » et « Ayez l’air et sentez vous Canadien instantanément ».
Trois petits pas pour, à mon avis, aller vers la réalisation d’une vie parfaite.
 
Des oeuvres de Dana Wyse seront exposées du 11 au 24 décembre 2003, dans le cadre de Re-play, à la Phériphérie, 17, rue Rouget-de-Lisle, 92240, Malakoff.
Merci à la galerie Aeroplastics et à Bernd Richter de la Phériphérie.
Propos recueillis par Mélanie Chardayre.
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