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Guillaume et Pidz Calop : Des rayons et des hommes
Avec Très-super, Guillaume et Pidz Calop ont choisi de porter une attention particulière à un univers que nous pensons connaître en apparence, celui du supermarché. Grâce à un travail photographique en duo ces artistes ont mis en lumière des personnes dans leurs instants quotidiens, avec une curiosité délicate et beaucoup de respect.
Tandis que la tendance est à propulser des inconnus sur le devant de la scène, dans les médias-paillettes ; les deux photographes ont choisi d’éclairer un bout de vie tout simple où les gens sont naturels, où ils n’ont pas besoin de tricher. C’est à l’Espace Beaurepaire à Paris qu’ils viennent de terminer d’exposer leur travail pour continuer à le développer ailleurs, avec d’autres visages.
Ici les deux auteurs ont accepté de commenter cinq de leurs photos, en les associant à chaque fois à des mots de l’univers de la consommation.
CONSOMMATION Régis, Annoeulin, Nord
La tendance est à rejeter la sur-consommation de notre société. Même si cela est effectivement critiquable, là n'est pas notre propos. Au-delà d'une première lecture « tu es ce que tu manges », on peut s'attarder sur ce qu'exprime cet homme. N'est-ce pas un sympathique consommateur ? J'ai trop de tendresse pour le juger sur un péché de surconsommation que je commets moi-même toutes les semaines. Je peux en revanche m'imaginer la vie de cet homme par les indices présents.
INDIVIDUS Maurice, Sylvie et Jonathan, Poligny, Jura
Cette famille, chacun l'a croisée dans un supermarché. Malheureusement, ce lieu où l'on côtoie des personnes de milieux sociaux très divers n'est pas propice à la rencontre ou à l'échange. Alors on passe devant des individus sans leur prêter attention. Il ne sont pas de notre monde et ne le seront jamais. Et pourtant, une fois photographiés et exposés dans une galerie, on s'intéresse à eux, on est ému par ce qu'ils expriment, ce qu'ils représentent.
MÉNAGÈRE Bruno, Granville, Manche
La ménagère n'est pas toujours celle qu'on croit. Il convient de briser parfois les idées reçues et bien que beaucoup ont encore à l'esprit que les courses sont avant tout une histoire de femmes, les temps changent bel et bien. Jusqu'à la parité ou non, cela fera l'objet d'une autre observation dans quelques années. Ces photos ont aussi pour vocation d'être les témoins de ce que nous sommes en 2003, comment nous nous habillons, quelles sont nos habitudes de consommation... On est au supermarché comme on est dans la vie, il n'y a pas de triche. Si cet homme a été pris en photo dans ce rayon, c'est parce qu'il s'y trouvait. Nous avons tenu à être le plus fidèles possible à la réalité.
TOC Jules, Granville, Manche
Le supermarché évoque souvent le superflu et la standardisation industrielle. Si les rayons rappellent linéaire après linéaire à quel point nous vivons dans le monde artificiel du marketing et de la publicité, les gens que l'on croise au supermarché sont - eux - bien authentiques. On a beau être sensible à 20% de produit gratuit, on n'en est pas moins un être tout en singularité. Cet homme a une histoire fascinante. Les prises de vues ont été l'occasion pour nous d'aller au devant de personnes que nous n'aurions jamais abordées sinon. Je peux dire aujourd'hui qu'il y a de véritables héros qui se promènent dans les rayons des supermarchés. Une boîte de thon à la main.
RAYONS Valérie et Coralie, Granville, Manche
Beaucoup de visiteurs, lors de notre exposition à l'espace Beaurepaire en octobre 2003, nous ont parlé des couleurs surprenantes dans les rayons et pensaient que nous avions "mis en scène" ces photos. Il n'en est rien. Cette photo a été prise en lumière naturelle, à une heure d'affluence devant un rayon réfrigéré classique. Apparemment, lors d'une visite au supermarché, les couleurs sont perçues comme des agressions, on en oublie qu'un rayon peut être harmonieux, vitaminé.
Les personnes que nous avons photographiées prennent la pause devant ces rayons, ce qui différencie notre travail d'un reportage. Il s'agissait en l'occurrence de porter un regard distancié sur nos tâches quotidiennes, celles que nous partageons tous. Notre surprise a été, avec ce travail, de constater à quel point ce lieu que nous estimions "inhumain" était en réalité rempli d'une étonnante humanité.
Propos recueillis par Claire Potel.
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