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SelfSex
Dossier réalisé par Alice Bonnet, Sandrine Derym, Perrine Le Querrec

 


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Vito Acconci et VALIE EXPORT, le sexe comme identité

Vito Acconci et VALIE EXPORT, deux figures actives de la scène artistique des années 1970, ont exploré des propositions artistiques les menant de l’espace urbain à celui de leur propre corps, en de furieux allers-retours fondateurs, formateurs, comme autant de simulacres ou de révélations d’eux-mêmes.

Pour ces deux artistes, l’identité artistique se construit sur l’exhibition active, la réalité charnelle et sexuelle. Il a fallu s’imposer comme individualité provocante, et – est-ce la conjoncture de l’époque ? -, cette émancipation passe par le sexe/spectacle, le sexe spectaculaire, comme si faire de son sexe le climax du « geste » artistique allait libérer l’artiste, le marquer du sceau de l’insurrection, et lui ouvrir ainsi les portes de toutes les formes d’expression. Lorsque l’on fait parler son sexe, on fait parler son intimité, et parce qu’à l’époque le sexe était clairement défini comme un tabou, le briser c’était s’allouer une totale liberté.
Le travail de ces deux artistes va ensuite progressivement se détacher du sexe, point de départ de leur libération, pour ensuite s’élargir au corps entier, puis à l’environnement urbain, architectural et idéologique.
Les spectateurs, volontaires ou non, de ces premières performances ont plongé leur regard dans l’intimité sexuelle de ces artistes et ont ainsi accrédité leurs actions, dont voici quelques unes des plus significatives.


Vito Acconci, One sex show

Vito Acconci est né en 1949 à New York. Son développement artistique suit un parcours singulier, de la poésie des années 1960 jusqu’aux récents projets architecturaux.





















À partir de 1969, Vito Acconci quitte l’espace de la page où il rédige ses poèmes pour investir l’espace de la rue, et celui de son propre corps. La mise en scène de son corps, qu’il utilise comme terrain d’expérimentation, lui permet de s’interroger sur les limites physiques et psychologiques de ses actions. Actions après actions, comme dans les poèmes passés, mot après mot, Acconci acquiert le statut de guérillero, il ne cesse de questionner les conventions de notre environnement urbain et les relations qu’entretiennent espace public et espace privé (le corps).
Deux motifs dominent donc, tantôt séparés, tantôt réunis : l’environnement urbain – architectures, perspectives, bruit…- et le corps – peau, organes, sensations, douleurs.
Nous voici spectateurs soumis à ces expériences sensorielles fortes, intégrés dans la quête de Vito Acconci, nous contraignant au contact physique de ses performances, de Trademarks, où il se mord profondément, à Trappings, où il s’enferme nu dans un placard, à demi-enfoui dans des détritus, et habille son pénis d’un vêtement de poupée.
Dans la Sonnabeud Gallery, en janvier 1972, Vito Acconci est caché sous le parquet ; là il se caresse, se masturbe, tandis que sa voix, diffusée par haut parleur et intégrée dans l’espace vide de la galerie, encourage le public à lui marcher encore plus dessus, à le modeler, à le faire jouir, à le piétiner pour l’amener au plaisir. Pour l’assistance, l’expérience est invisible, donc particulièrement éprouvante et inquiétante. Pour Acconci, support et matériau de son propre art, self -modelé par les pas des visiteurs, l’affirmation de son identité, de son engagement, est toute contenue dans cette performance.


VALIE EXPORT, féministe sexuelle

La radicalité des performances des années 1960-1970 était à la mesure de la force des interdits et de la rigidité sociale en matière de pratiques corporelles et sexuelles. Pour les femmes, ces interdits étaient encore plus prégnants. Ils le sont toujours. En Autriche, VALIE EXPORT va créer une œuvre de résistance contre l’ordre patriarcal et les systèmes d’oppression qui perdurent dans son pays. Elle est préoccupée par la conquête d’espaces libres, de son nom à son corps, en passant par son sexe, coeur de tous les tabous. Et pour cela elle va dynamiter les cadres sociaux qui régissent la place et le statut des femmes – et des femmes artistes…
L’oeuvre féministe, politique, parfois brutale, de Valie Export montre un engagement total.
Son travail pionnier prend la question d’identité à bras-le- corps, et il suffit de voir quelques-unes de ses performances, ou de ses vidéos, pour saisir à quel point nous sommes encore écrasées par une image normative de la féminité.
Fragments d’autoportrait de l’artiste… :
En 1968, elle réalise Tapp Und Tastkino, une performance qui a lieu à Vienne et à Munich : l’artiste déambule dans les rues, le buste dans une caisse, et son acolyte Peter Weibel, déguisé en proxénète et muni d’un mégaphone, invitait les passants à s’approcher et à introduire leurs mains dans la caisse de manière à toucher les seins nus. Il s’agit d’un « expanded movie » dans lequel elle se transforme en objet érotique et remplace le regard par le toucher.

« Tant que le citoyen se satisfait d’un semblant de liberté sexuelle, l’état fait l’économie d’une véritable révolution sexuelle. »

En 1969, avec Aktionshose Genitalpanik, elle se présente dans un cinéma d’art et d’essai de Munich, un fusil à la main, son jean coupé découvrant sen sexe. Elle entend ainsi dévoiler aux spectateurs la « réalité » de ce qu’ils vont voir à l’écran : le corps d’une femme, mais simultanément, VALIE EXPORT, la combattante (guérillero elle aussi) met en évidence un symbole, un tabou : son sexe. Elle assume un rôle actif. « J’avais à rentrer dans les choses pour les faire sortir, déclare-t-elle. En refusant d’être provocatrice, je n’aurais pas pu rendre visible ce que je voulais montrer. »
En 1970, elle va tatouer sur sa cuisse une jarretelle (ce sont les Body Sign Action), symbole de la féminité dans le discours machiste, symbole aussi de l’entière libération de l’artiste.

Cette prise de conscience active qui passe par l’émancipation et la mise en scène de son propre sexe n’a rien à voir avec l’excitation sexuelle, comme dans la pornographie. S’il y entre un motif défini, c’en est un qui dépasse de beaucoup la sexualité. Son dessein est d’éveiller, d’introduire un sens de la réalité, d’interroger, de révéler une identité.


Perrine Le Querrec

 

Terry Richardson, le diable par la queue
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