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SelfSex
Dossier réalisé par Alice Bonnet, Sandrine Derym, Perrine Le Querrec

 


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Terry Richardson, le diable par la queue


L'univers de la mode et du portrait branché a bien changé ces dernières années. Fini le photographe propret et respectable, l’heure de la provocation et d’un (certain) détachement est venue. Un des derniers chouchous des campagnes de publicité et des magazines au sommet du hype comme Purple se trouve être Terry Richardson.

Terryworld, livre-somme sur l’œuvre de ce drôle d’oiseau, vient de paraître aux éditions Taschen. La couverture est d’ailleurs bien choisie car on y voit Richardson en personne, torse nu. C’est là sa particularité : être nu sur ses photos est dans ses habitudes et surtout avec ses modèles, la plupart du temps nues elles aussi, dans des positions plus ou moins scabreuses. Cette façon de faire vient d’un challenge lancé à ses débuts, Richardson proposait alors à un mannequin de poser nue, celle-ci de s’exclamer : « il faut que tu sois nu aussi alors ! » et le photographe de s’exécuter de suite… Comme cette photo de Kate Moss et lui dans le plus simple appareil, un exemple de décontraction pour une séance photo. Car Richardson, à la manière d’un Russ Meyer, aime les belles femmes avec de belles poitrines, et n’hésite pas à s’inclure dans ses visions fantasmées (là où un Helmut Newton restait hors-champ ou alors dans le reflet discret d’un miroir). Chez Richardson, on s’éclate et on le montre. Ce déploiement, cette façon de vivre à 100 à l’heure, se reflète parfaitement dans les clichés du photographe de mode. Par l’utilisation abusive de la couleur, du flash et de cadrages volontairement maladroits, les images de Richardson se veulent instantanées, libres de toutes contraintes. Ne cherchons pas la prouesse technique ou l’éclairage subtil, surtout pas !
Au fil de ce travail prolifique, on peut voir la vie dissolue du photographe, que ce soit dans des photographies personnelles ou dans des campagnes de pub (il a quand même travaillé avec Miu Miu ou encore les immortels Sisley ou Levi’s !). Ces clichés sont synonymes d’un journal, d’un reflet partiellement fantasmé de sa vie.
Cette folie ambiante peut s’expliquer par l’enfance difficile du photographe, un père avec qui il a du être à la hauteur, une cohabitation avec l’héroïne dès 18 ans.


On a qualifié cet homme de pornographe, souvent les mêmes qui, par la suite, feront pieds et mains pour que l’artiste maudit travaille pour eux. Mais passons, qu’en est-il vraiment ? Le sexe n’est plus un tabou, et les photographies de Richardson témoignent d’un humour inéluctable, force est de le reconnaître. Ces images dénotent d’un refus total de se prendre au sérieux, même au niveau artistique. Le monde de Richardson n’est pas sans parrallèle avec celui d’un porno chic et décontracté. Le sexe est synonyme d’amusement et cela sans tabou, aux antipodes des images cliniques et glaçantes d’un Matthias Herman par exemple. La jouissance de l'acte de photographier est assimilée sans détour à celle du sexe.
Au fil des pages du livre Terryworld, qui a la particularité de montrer les photos plus personnelles de Terry, nombreuses sont les images calquées sur son regard, à l’instar d’une caméra subjective au cinéma, et il n’est pas rare de voir une fille en train de lui faire une fellation ou étendue sur un lit pendant l’amour, les yeux dans le vague. Regarder une image de Terry Richardson, c’est rentrer dans son monde intime, dans son délire. On le croit fou, pervers, ignoble, alors qu’il est un modèle de gentillesse comme en témoignent les nombreuses personnes qui ont travaillé avec lui. Ange ou démon, là réside le paradoxe.


Sur l’un de ses nombreux clichés, Richardson est déguisé en diable, un sourire éclatant aux lèvres (voir illustration ci-contre). Veut-il dire par là qu’il est le nouveau diable de la photographie ? Faut-il être forcément provocateur pour être novateur et à la mode, qui plus est ? L’artiste avoue lui-même : «Qu’est ce que je dois faire pour avoir le grand frisson ?» Mais bon sang, jusqu’où ira-t-il ? Cet homme–là a encore plus d’un tour dans son appareil…

Photos extraites du livre Terryworld aux éditions Taschen. Terryworld, éditions Taschen
288 pages
49.99 euros
>Acheter ce livre

À noter : un supplément sur Terry Richardson dans le Purple Fashion 2

Site officiel de Terry Richardson
http://www.terryrichardson.com



Sandrine Derym

 

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