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Elke Krystufek, une Autrichienne sans complexe
Elke Krystufek aime à se voir en photos, vidéos, dessins, installations, cédéroms… Comme Narcisse infatigable de son image, tout l’art de Krystufek est tourné sur elle-même. Se montrer est une obsession quotidienne.Montrer sa vie, ses partenaires, ses jeux sexuels, son sexe, son visage sous toutes ses formes est obsessionnel. L’image de soi devient une création artistique permanente et en mutation.
Le sexe, son sexe, représente l’essentiel de sa création. Libérée de tous tabous religieux, sociaux et culturels, elle livre son corps sans complexes.
En 1994, à la Khunsthalle de Vienne, elle propose au public d’assister à une performance « hotement » masturbatoire, où l’exhibition de soi est à son extrême. Lors de cette action artistique, elle investit une salle de bain d’un blanc clinique foudroyant, fabriquée pour l’occasion. Baignoire, lavabo, machine à laver, vêtements à terre, vibromasseurs se confrontent dans cet espace glacial. L’artiste, habillée uniquement de bas, s’adonne à une séance de masturbation, d’abord digitale, puis avec des objets érotiques : vibromasseurs, godes. Un parterre de photographes immortalise cet instant. Le public sourit, rigole. Il est stupéfait, outré parfois. Il passe son chemin et ne s’arrête même pas. L’auto-érotisation est ici à son comble.
Elke Krystufek dépasse la performance de Vito Acconci. En 1972, dans Seedbed, l’Américain s’était masturbé sous le plancher de la galerie Sonnabend, à New York. Les visiteurs lui marchaient sur la tête. Un haut-parleur diffusait la voix de l’artiste qui parlait, en direct, de ses fantasmes au public. Vingt-deux ans plus tard, l’artiste autrichienne renouvelle le thème de manière plus directe et visuelle. Mais, aujourd’hui qu’est-ce que cela implique ? Les images envahissent l’espace économique, culturel et social. Le sexe est visible et à portée de tous via Internet par les weblogs, les webcams, les journaux intimes, les sites porno…
Elke Krystufek est-elle pornographe d’elle-même ? Une exhibitionniste sans vergogne ? Une empêcheuse de tourner en rond ? Une provocatrice dépassée ? Un électron libre qui donne matière à réflexions ? Une femme libérée comme les féministes des années 1960-1970 en rêvaient ?
Dans tous les cas, le sexe et Elke Krystufek ne font presque qu’un. Elle ne s’arrête pas là. Dans une vidéo, Weckrage (1995), elle montre l’épilation de son sexe en gros plan. Des bandes de cires arrachent les poils de son pubis. Ça saigne. C’est même répugnant. Le corps est désérotisé. Qu’apprend t-on ? Rien. Quelle émotion peut-on ressentir ? Presque aucune. Du dégoût ? On s’interroge sur l’utilité de ces gestes et de ces images.
 
Dans son aventure, l’Autrichienne emporte avec elle ses partenaires successifs comme notamment le chanteur rock désuet Kim Fowley, mais aussi des inconnus comme dans la vidéo Share the night(1997). Cette fois-ci, ce n’est pas elle, caméra à la main, qui réalise l’image mais son partenaire. Elle emporte le spectateur dans un rituel de séduction, puis sexuel avec son partenaire. La question de l’authenticité des sentiments, des gestes, des actes se pose. La limite entre pornographie et art s’amenuise. Cette frontière dépassée et affranchie s’est illustrée dans les années 1960 et 1970 aux Etats-Unis comme essentiellement Carolee Schneemann et Annie Sprinkle.
Le trio art, sexe et féminin s’est multiplié dans la création de ces quinze dernières années. Elke Krystufek est une icône de cet art, dans le sens où l’exhibition de soi et de son sexe ne s’essouffle pas. Elle ne s’en lasse pas. Jusqu’où pourra-t-elle aller ? La vieillesse l’arrêtera peut-être ?
Vidéos d’Elke Krystufek éditées par le BdV.
Alice Bonnet
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