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SelfSex
Dossier réalisé par Alice Bonnet, Sandrine Derym, Perrine Le Querrec

 


Terry Richardson, le diable par la queue
Vito Acconci et VALIE EXPORT, le sexe comme identité
Elke Krystufek, une Autrichienne sans complexe

 

Le miroir au vitriol de Tracey Emin









Tracy Emin, artiste anglaise inclassable et iconoclaste, serait la Sophie Calle du trash. Elle aime à exposer sa vie, surtout sensuelle et sexuelle, au travers d’œuvres de son cru. Elle est celle par qui le scandale artistique arrive. Des exemples dans cet abécédaire.



Ci-dessus : Self-Portrait, 12.11.01 Courtesy of Parkett gallery


A comme Artiste. Tracey Emin fait partie de cette vague de jeunes artistes au succès florissant propulsés par le collectionneur et publiciste Charles Saatchi tels que Damien Hirst, Sarah Lucas ou les frères Chapman. Artiste car créatrice et metteur en scène de sa propre vie, et cela à l’aide de différents supports : vidéos, installations, dessins presque naïfs, broderies.

C comme Critique. Et en plus la critique l’adore ! Elle est nominée pour le Turner Prize, rien que cela, en 1999. Cotée, elle se porte bien et a vendu pour un million et demi d’euros en un an de ventes, c’est dire...

E comme Exhibitionniste. Ca, elle aime se montrer la vamp, elle aime qu’on la reconnaisse dans les rues de Londres, ce qui est d’ailleurs fréquent. Mais c’est surtout sa vie privée qu’elle expose, des listes d’amants ou de personnes avec qui elle a dormi sous une mystérieuse tente « Everyone I have ever slept wit 1963-1995 », de son viol, aussi, lorsqu’elle était mineure, de ses relations conflictuelles avec sa mère. « Je me sens libre et sans inhibitions. Si c’est ça être une Bad Girl, ça veut dire que beaucoup de gens sont des refoulés. » On se souvient de la vidéo Exorcism of the last painting I ever made (1998) où elle réalisait une performance picturale dans le plus simple appareil. Mise à nu de l’âme et du corps, tel est son style éminemment Emin.

H comme Hommes. Vaste sujet dans la vie et l’œuvre de Tracey. Toujours lié à la douleur, à la rupture, la déception mais aussi à la jouissance. Ses hommes sont compilés en listes brodées ou sur des papiers buvards de toutes les couleurs. Aussi synonymes d’un amour sans limite qui entraînera une rupture douloureuse (installation My bed).

I comme Identification. Non pas de s’identifier totalement à la vie presque scandaleuse d’Emin, mais le côté méthodique de celle-ci à relater ses mésaventures sexuelles peut être une source d’identification sur certains faits par les spectateurs. C’est sans doute pour cela que l’artiste est adulée outre-Atlantique, elle dérange, choque et en même temps est comprise pour sa vulnérabilité. En outre, la part d’autofiction qui réside dans ses vidéos et écrits est toujours trouble, au spectateur de restituer le vrai du faux.

L comme Lit. My Bed, (voir ci-dessous) une de ses œuvres-maîtresses, 1999. Le lit de l’artiste, laissé dans son état exact huit jours après une séparation de son fiancé de l’époque, avec ses draps sales, des préservatifs usagés, de vieilles culottes et des cadavres de bouteilles trônant autour. Ainsi, elle reproduit son univers intime, non sans audace, dans un espace public. Une pièce marquante pour l’art contemporain même si elle a choqué, ce qui ne dérange aucunement l’artiste, bien au contraire.

M comme Mode. Forcément fashion, elle est de toutes les soirées branchées et a dessiné le dernier sac Longchamp, réalisé les films publicitaires de sa grande copine Vivienne Westwood, comme quoi les boutiques chics prennent forcément goût au choc…

O comme Objets. Du papier buvard pour écrire des histoires, du tissu pour broder des mots aussi innocents que FUCK, des néons pour représenter un corps de femme nue ou cette bouteille d’Evian retournée à la manière d’un goutte-à-goutte, chaque objet est curieusement détourné de son rôle initial.

S comme Sexe. L’artiste british a choqué plus d’un de ses compatriotes par ses installations et ses propos. « Je peux jouir quand on m’embrasse. C’est un luxe », déclara-t-elle tout de go. Depuis le début de sa carrière, elle s’amuse à jouer avec son image sulfureuse et sexy. Elle est aussi connue pour sa vie sexuelle débridée, bien sûr thème récurrent dans son travail. Ses dessins, comme Beautiful Child,(1999) ont un aspect d’abord un peu naïf mais un sexe dessiné comme sur des toilettes mal famés rendent l’ensemble plus complexe. Le sexe, et surtout sa vie sexuelle, sont la base de la dynamique de ses réalisations. Il est synonyme de souffrance, de perversité environnante mais aussi de plaisir.

V comme Viol. La douleur est une constante dans l’œuvre de Tracey Emin. Le nom du violeur est dans la fameuse tente où figure la liste d’amants. Emin ne se cache et ne nous cache rien, l’art lui sert d’exorcisme. Comme des chanteuses telles que Fiona Apple qui ont osé parler de cet épisode douloureux, Tracey exploite ce moment de sa vie pour l’insuffler dans ses œuvres, douloureuses, forcément. Egalement écrivain à ses heures, elle relate sa triste défloraison dans le livre Exploration of the soul (1994).




My Bed 1998 (installation view)
Mattress, bed, linens, pillows, suitcase, ephemera, 79 x 211 x 234
The Saatchi Collection, London
© Courtesy the artist and Jay Jopling/White Cube (London)
Photo: Tate Photography












Sandrine Derym

 

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