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Traiter du rêve par la BD, envie d'en parler sans exhaustivité
L’imaginaire est présent dans la bande dessinée, même dans les formes les plus réalistes de dessins et d’action. L’aventure avec ses délires les plus fous au fil des planches.
Pourquoi aime-t-on la bande dessinée ? Une part d’enfance ressurgit… un zeste de vision rebelle : on s’oppose aux classiques histoires littéraires que l’on doit lire même si on peut en prendre plaisir, on apprécie son format (excepté le manga qui doit être transportable partout – version addict et pratique de la BD). En effet, l’album de BD est grand, embarrassant, les images nous entourent globalement, le support est précieux. Le rêve c’est d’abord lire ces histoires, regarder le dessin, tourner la page délicatement, toucher la couverture d’une caresse.
Le rêve bis. On le retrouve dans l’histoire même. À la classique, le rêve est un moyen d’écrire une aventure irréalisable ; à la Mickey parade comme lorsque Pluto se voit le plus fort, le plus grand ramasseur d’os et se réveille dans la boue près de sa niche.
La société rêve…
De manière plus complexe, le rêve peut faire partie intégrante de l’histoire. Valérian et Laureline, personnages de Mézières, sauvent la cité futuriste de Galaxity en 2720, aujourd’hui ou encore dans le passé (on s’y perd avec ces machines à remonter le temps). Le rêve coordonne la vie des habitants de la Terre. Cette planète est organisée selon trois types d’habitants : les agents spatio-temporels, les technocrates, et les autres qui se livrent au plaisir du rêve. Xombul, ex-technocrate très à l’aise en tant qu’agent spatio-temporel, n’a qu’un but ultime, introduire des cauchemars dans les rêves des habitants de la Terre.
La vie future paraît à la fois heureuse et sombre, nous ne sommes plus rien que des rêveurs soumis à un plaisir constant et automatique. Mais le plaisir du rêve ne devient-il pas aliénant lorsqu’il est trop et toujours présent ? Le cauchemar, ou plutôt la possibilité du cauchemar, ne serait-il pas la vraie forme de liberté ? Libre ou heureux ? Les habitants de Galaxity semblent avoir choisi.
Le rêve érotique
Manara semble être le plus grand rêveur qui soit. Les aventures de Giuseppe Bergman sont construites comme un rêve, si un rêve peut être construit. Une histoire, un détail conduit à une autre histoire.
Dans un autre genre, Barbarella n’est pas en reste. Quelle femme moderne ! Et déjà, on se dit qu’elle ne peut être réelle, une utopie libertaire peut-être. Dans Le Miroir aux tempêtes, elle passe le temps et l’espace et pense qu’elle rêve. Elle divague et ne comprend que tardivement qu’un éclat de cristal l’envoie rencontrer des femmes et des hommes d’une autre réalité. Après tout, on ne maitrise pas ses rêves : « Foutu système, quand ça débloque tout se bloque ! »
Le rêve, c’est le temps
Le rêve permet de survivre quand il n’y a plus de vie. Le rêve c’est le sommeil, la pause entre deux vies. Les héros des Naufragés du temps le savent bien. Ils s’aiment mais le rêve les a séparés. L’homme se réveille plus tôt, la femme restera à jamais dans une autre dimension. La difficulté réside en ce que ces deux-là resteront toujours hors du nouveau temps qu’il leur est offert. Jamais ils ne seront dans le monde, ils erreront à travers le temps et l’espace à la recherche d’un nouveau rêve, un idéal. Car c’est l’ultime but, rêver de nouveau ou bien mourir.
Le rêve, c’est communiquer avec les âmes
Pour une Djinn, communiquer avec sa grand-mère qui a laissé tellement de magie dans sa petite fille, c’est rêver d’elle jusqu’à réaliser, ce que l’on voit en songe dans la vie, le parcours initiatique d’une favorite. Elle recherche le trésor volé par sa grand-mère au sultan Murati. Mais en fait, elle deviendra Djinn pour retrouver une autre Djinn, une ombre, sa grand-mère.
Max aussi parcourt son histoire à travers une autre initiation, celle des aborigènes d’Australie.
« Nous sommes le peuple pluie. Nous sommes Kirda, maîtres du rêve. Lui, il fait la pluie.
- C’est impossible !
- Les perruches, Max…
- C’était un rêve !
- Tu vois, tu comprends. »
- Mezières, J.C. et P. Christin, Valerian agent spatio-temporel, la cité des eaux mouvantes, Dargaud, 1970.
- Mezières, J.C. et P. Christin, Valérian agent spatio-temporel, les mauvais rêves, Dargaud, 2001.
- Forest, J.C. et D. Billon, Barbarella, le miroir aux tempêtes, L’écho des savanes, Albin Michel, 1982.
- Forest, Jean Claude. Barbarella, Eric Losfeld editeur, 1968.
- Manara, Rêver peut-être, Les Aventures indiennes de Giuseppe Bergman, Casterman, 1989.
- Paul Gillon,Les naufragés du temps, les maîtres rêveurs, 1978.
- Dufaux et Miralles, Djinn, Dargaud, 2001, 2002, 2003.
- Bruyninx, Marc, Max, le rêve pluie, Glénat, 1991.
Odette Minh Fleury
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