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Les « Mondes imaginaires » de Deidi von Schaewen
Fascinée par les « environnements visionnaires », Deidi van Schaewen a parcouru plusieurs pays à la recherche de lieux insolites, excentriques, magiques.
Son livre, Mondes imaginaires (ouvrage paru en 1999 chez Taschen), montre ses découvertes
parmi lesquelles le Palais du facteur Cheval (Hauterives, France), le Buddha park garden (Vientiane, Laos), les Watts Towers (Los Angeles, Etats-Unis) ou le parc des Tarots de Niki de Saint Phalle (Garavicchio, Italie).
Entretien avec la photographe.
Pourquoi cette envie de réaliser le livre Mondes imaginaires ?
Les excentriques m’ont toujours intéressée. J’avais fait quelques photos de lieux, au cours de voyages, mais peu. Et j’avais toujours envie d’en savoir davantage sur ces créations. Je pensais qu'il existait un livre sur ce sujet, je l’attendais. Il y avait effectivement des livres mais ce n’était pas le livre que je souhaitais.
Un ouvrage est sorti, en France, il voulait être le livre sur ces choses là. Seulement, je ne le trouvais pas à mon goût. Il n’y avait pas une belle mise en page, pas de belles photos. Je trouvais que ce n’était pas un livre à la hauteur de ces gens-là.
Cela m’a fait une espèce de rage. Je me suis décidée à faire moi-même ce livre que j’attendais. J’ai donc passé deux mois à étudier et chercher, j’ai fait des dossiers sur tout ce qui existait dans le monde, et j’ai proposé cela à Taschen. Ils ont dit oui.
Le livre présente aussi bien la maison de Ben que le Palais du facteur Cheval, selon quels critères avez-vous retenu ces lieux ?
Pour moi, il n’y a pas de différence. Je n’accepte pas tellement l’idée que les outsiders sont uniquement ceux qui ne sont pas allés à l’école, ou qui sont en marge de la société… C’est plutôt l’esprit du lieu qui importe. J’ai rassemblé des lieux qu’on pourrait qualifier de « outsider » ou plutôt de lieux « fous ».
Ces lieux sont excentriques, avec beaucoup de fantaisie. Je trouve d’ailleurs que le titre anglais Fantasy Worlds correspond bien parce que cela explique un petit peu. Mais il n’y a pas un mot qui fixe tout cela. Je crois qu’il faut utiliser trois, quatre mots pour vraiment savoir de quoi on parle.
Comment avez-vous découvert ces endroits ?
J’ai regardé tout ce qu’il existe sur ce thème, les livres comme les revues. Et en recoupant les informations, j’ai trouvé beaucoup de lieux. Quelquefois, j’ai juste vu une photo en noir et blanc dans un magazine. Par exemple, j’ai remarqué une image de la montagne sacrée [The Salvation Mountain, Niland, Californie] dans la revue Raw vision de John Maizels. J’ai donc essayé d’en savoir plus...
Parfois, des gens m’ont aidée, surtout en Amérique. Mais les informations voyagent peu, c’est un monde un peu cloisonné. Tel musée a ses favoris, un autre a les siens… Les gens aiment garder les adresses pour eux. C’est dommage car presque tous les créateurs font ces lieux pour que cela soit visité. Ils ne les font pas dans des endroits cachés. Au contraire, ils sont très contents qu’on vienne. D’ailleurs, j’encourage les lecteurs à se rendre dans ces endroits ! J’ai donné le maximum de renseignements à la fin de l'ouvrage. C’était un de mes souhaits que les adresses soient assez précises.
La majorité des lieux que vous indiquez se trouvent en Europe et en Amérique. N’y a-t-il rien en Afrique, en Asie ?
Je n’avais pas un budget illimité… ni un temps illimité. Dans ce livre, il y a tout de même cinq ou six endroits en Asie. En Afrique, je voulais montrer Suzanne Wenger (Niger), car je connais beaucoup de choses sur elle. Vous verrez mieux cela dans Inside Africa, mon prochain livre sur l’Afrique. D’ailleurs, pour cet ouvrage, j’ai presque passé un an là-bas, j’ai fait quinze voyages. J’ai seulement découvert deux personnes dont une au Cameroun. Par hasard. Peut-être qu’il n’y en a pas beaucoup... Je suis allée dans presque tous les endroits pour lesquels on m’a indiqué des adresses. En Allemagne, je ne connais qu’un seul lieu de ce genre ; en Espagne, il n’y a rien. Je sais qu’il y a des lieux en Australie. Mais je n’ai pas été. Peut-être dans les pays de l’Est…
Un lieu vous a t-il marqué particulièrement ?
La montagne sacrée [The Salvation Mountain, Niland, Californie]. Très très belle.
Je suis restée là-bas une journée, j’ai invité le propriétaire [Leonard Knight] au bar pour dîner. Il était occupé à peindre un nouveau camion, parce qu’il habite dans son véhicule, sans eau et ni électricité. Il va parfois à une rivière pour se laver. Toutes les couleurs utilisées pour sa montagne lui sont données. Il la repeint depuis dix-sept ans à l’époque, donc plus de vingt ans aujourd’hui (je ne sais pas dans quel état c’est maintenant).
C’est arrivé plusieurs fois de rencontrer les créateurs, et c’était toujours très bien quand ils étaient là.
Inside Africa sortira en septembre 2003 chez Taschen. Y seront présentés des logements africains, de la hutte en terre jusqu’à la maison la plus moderne. Parallèlement, Deidi von Schaewen vient de réaliser 11 petits films en Afrique du Nord, sur les habitats dans les pays arabes. Ils seront exposés à partir du 15 juillet à Berlin.
En attendant, si vous détenez de nouvelles informations sur des lieux insolites de ce genre, Deidi von Schaewen est preneuse !
Mondes imaginaires
Deidi von Schaewen, textes de John Maizels
Editions Taschen 32 euros
Photos (de haut en bas) :
Oiseaux Chausse Gros, Richard Greaves, Beauce, Canada
Cunégonde et Malabar, Ben, Nice, France
The Wat Khaek Buddha Park, Luangpu Boonlour Sureerat, Nong Khai, Thaïlande
The Salvation Mountain, Leonard Knight, Niland, California
© Deidi von Schaewen
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