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L’intimité en images par Caroline Briel
Plus besoin de stylo pour lever le voile sur son intimité ou même concocter un carnet intime, les séries de photographies font aussi bien l’affaire. Suggestives, feutrées, ambiguës, parfois floues et souvent colorées, voilà quelques adjectifs qui caractérisent à merveille les images de Caroline Briel. Cette jeune photographe a eu un Prix spécial pour Attention Talent 2000 de la Fnac et est aussi une heureuse lauréate des 3ème Polaroid International Photography Awards depuis le mois de septembre dernier. Elle aime révéler son quotidien par petites touches, par images intimement subjectives à l’aide de son appareil Polaroïd. Voici un portrait d’elle au fil des mots…
Le parcours
Je crois que j’ai su assez vite que ce que je pouvais faire de mieux dans ma vie était de parler avec la force, la peur, enfin les sentiments qui me traversaient. Faute de ne savoir m’exprimer avec un Bic, j’ai choisi les pinceaux. J’étais étudiante aux Beaux-arts le jour et le soir. Et je remplissais les pages de mes carnets, des dessins, des poèmes et quelques images. Pour cela, j’ai choisi le polaroïd pour capter des instants d’instincts…
Et puis un jour, on se réveille et tout a changé, rien ne peut plus être comme avant. Je ne pouvais plus me confronter seulement à une toile et des pinceaux. Alors je suis sortie pour exposer mon regard à celui de la vie !
Les relations entre la photographie et l’intime
Je réalise qu’en utilisant le mot « intimité », on voit en lui quelque chose de l’ordre de la vie privée, de la relation intime. Moi, je pense à quelque chose d’intérieur et de profond, qui constitue l’essence d’un être, d’une chose : ce qui existe au plus profond de nous. A ce
moment-là, la photographie et l’intimité entretiennent un lien étroit. Même si, derrière son appareil, on ne se pose pas ces questions, finalement, c’est peut-être ce que l’on cherche à travers ce ou ceux que l’on photographie.
Les carnets
Mes carnets ne sont pas un travail quotidien mais un besoin de laisser une trace écrite ou photographique : des sentiments, des images, qui me traversent à ce moment-là de ma vie.
Un besoin de retranscrire des fragments de vies, des visions éphémères, ce qui nous échappent.
Les états d’âme
Traduire mes états d’âme n’est pas un thème de reportage que je me suis donné, mais une démarche naturelle. Je ne suis pas dans la réflexion mais dans l’instinctivité. Alors les images prennent vie au fur et à mesure. Elles sont traversées par des moments plus ou moins durs ou légers. J’ai par exemple commencé la photographie à un moment difficile de ma vie où je me
voyais confrontée à la peur de la mort d’un proche. À partir de ce moment, je n’ai pas vu la photographie comme un moyen d’échapper à ma souffrance mais je suis servie d’elle pour exprimer ce sentiment si naturel, humain face à cette situation.
Mes carnets ne sont pas une démonstration de mon intimité mais plutôt une recherche de l’intimité, de ce qui la suscite : une petite histoire, la mienne qui renvoie à une grande, celle des autres.
Les auteurs les plus représentatifs en matière d’intimité
Je pense tout de suite à Marguerite Duras que j’ai beaucoup lu avant de commencer la photographie et aussi à Georges Perec, pour le livre " W ou le souvenir d’enfance " qui parle de la disparition de ses parents en camp de concentration, notamment au passage " corps près de leur corps, ombre au milieu de leur ombre, leur souvenir est mort, mais l’écriture est le souvenir de leur mort ".
Les projets à venir
Après avoir travaillé plusieurs années en solo, l’envie me vient de confronter mon regard à l’écriture. J’ai des projets de livre présentés comme des carnets de bord ; il me faut donc rencontrer quelqu’un qui écrive comme je fais des images.
A voir un carnet autre qu’intime (quoique…) : le « Carnet de gourmandises » illustré par Caroline Briel en collaboration avec Sonia Ezgulian et édité par Gallimard à sortir pour l’année 2003.
Propos recueillis par Sandrine Derym.
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