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Sélection aléatoire
Sélection aléatoire et arbitraire parmi une multitude de données, au nombre nécessairement limité même si en constante multiplication… La sélection des travaux mentionnés ci-après est un choix personnel. Il ne sera pas ici question d’expliquer le fondement mathématique des systèmes dynamiques de génération automatique (je salue au passage la ténacité de Ben, mon petit frère, et ses nombreux efforts pour m’expliquer les formules mathématiques ci-dessous, que j’ai personnellement customisées en symboles visuels décoratifs…), mais de mettre en avant certains projets interactifs intimement liés à ce concept à la fois libre et sous contrôle et avec lesquels il est possible de réitérer l’expérience interactive ces jours-ci, car quoi de plus frustrant que de se limiter à l’ayant eu lieu ?

La création accidentelle reste toujours relative et obéit à un contrôle de l’artiste qui paramètre les limites dans lesquelles le public est invité à interagir. De même, l'erreur et la prise de risque (virale, par exemple) obéissent à un cadre préalablement établi.
L’exposition interactive Viral Counter Attack de Joseph Nechvatal & du collectif Music2eye, actuellement à l’espace Landowski de Boulogne Billancourt jusqu'au 28 mars 2004 (le deuxième acte du projet sera présenté à la Heartgalerie jusqu’au 15 avril 2004), est introduite de la manière suivante: « À l’âge numérique, on peut autant craindre, pour la conservation des oeuvres, l’incendie d"un musée que les attaques d’un virus informatique. À moins que cette menace ne soit l’œuvre elle-même ? » (Music2eye).
 Cette exposition permet en effet à deux personnes de contrôler chacune une colonie de virus établie sur une des oeuvres picturales de Joseph Nechvatal. Le participant peut faire se multiplier les colonies virales, les déplacer à l’aide de ses mains détectées par un capteur de mouvements, les faire envahir l’espace pictural, voire envahir le territoire du deuxième participant. Le virus informatique, cauchemar de tous devient pinceau qui détourne l’œuvre initiale sur laquelle il a été placé. L’écran sur lequel s’affichent les avancées virales et les participants se trouvent enfermés dans une structure de survie, mi-igloo, mi-cellule. L’empathie entre l’homme et la colonie de virus n’en est que renforcée.
 Cependant, tel un vaccin qui innocule un virus affaibli, et de ce fait mâitrisé, les virus de Viral Counter Attack sont partiellement domestiqués. À l’instar de L’école des jeunes dieux de Bernard Werber, nous devenons l’enfant face à sa termitière ou fourmilère miniature, doté d’un pouvoir immense. L'interaction du public n'en demeure pas moins une sorte de liberté conditionnelle basée sur un fondement aléatoire : une possibilité comprise dans un ensemble de possibilités pré-établies par l'artiste.
La mise en scène 2004 de Hamlet Machine, pièce de Heiner Müller, par Clyde Chabot inclura également des virus informatiques, fruits de la collaboration entre la compagnie Communauté Inavouable et le collectif Music2eye. (Hamlet Machine (virus), sera sur la scène du Forum culturel au Théâtre du Colombier à Bagnolet du 29 au 31 mars ainsi que les 02 et 04 avril 2004.)
En dehors de cette mutation virale, les mises en scènes interactives et évolutives de Hamlet Machine par la Communauté Inavouable entretiennent toutes un lien intime avec l'aléatoire.
Dans la mise en scène de 2003 par exemple, chaque spectateur avait la possibilité de prendre une part active dans la pièce en écrivant un texte à l'aide d'un ordinateur relié à un prompteur. Les acteurs sur scène pouvaient faire évoluer leur jeu soit en prenant en compte certaines des interventions du public, soit en les ignorant. Dans une telle mise en scène l'aléatoire est présent sous sa forme humaine, c'est à dire que l'acteur fait ici un choix conscient et délibéré parmi les données proposées par le public. Ni l'acteur ni le metteur en scène ne peuvent pré-enregistrer ces informations qui se renouvellent sans cesse contrairement aux systèmes de génération automatique. L'introduction du choix, encore absent chez les machines, est très intéressante et permet d'ajouter une dimension supplémentaire à l'œuvre artistique. Si la participation du public est toujours encadrée, même dans la mise en scène de Clyde Chabot, elle sert de support à une re-création de l'acteur qui décide de l'intégrer ou non à son propre texte.
Contrairement à d'autres travaux artistiques, le «public d'ignares, public ignoré voire dénigré devient source de génération créatrice dans l'art interactif. Il est associé à l'élan artistique et participe activement au résultat final. Il n'est plus à (ré)éduquer, mais tout simplement considéré comme (presque) mûr pour l'art. On peut saluer à l'occasion le travail de sensibilisation du grand public mené par l'Association Dédale, notamment à travers son Festival Emergences, et surtout toutes les tentatives pour susciter la participation active du public.
Ce festival permet non seulement aux jeunes talents d'être valorisés mais également de décloisonner le public de l'artiste, l'ingénieur de l'artiste, le public du technicien, etc. En plus de son objectif didactique la première édition du festival (du 16 au 29 septembre 2002) incluait une soirée entière de programmation basée sur l'interaction. Le public était ainsi invité (par groupe de six personnes) à découvrir une « saynète pataphysique » éphémère, ou H949#2, du Groupe Raoul Batz, composée par une caméra, mêlant modèle vivant et robotique. Des dizaines d'autres artistes, tels la compagnie Res publica, Walid Breidi ou Olga Kisseleva, furent également programmés lors de cette rencontre.

La seconde édition du festival Emergences aura lieu fin septembre début octobre 2004, s'articulera autour de la thématique du «métadesign» et invitera le public à déambuler dans un espace remodulé. On l'attend avec impatience afin d'y prendre part ...
Emmanuelle Guedj
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