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Flou
Dossier réalisé par Sandrine Derym

 


Les errances d’Olivia Gay
« All day every day » par David Amstrong, une balade lunaire

 

Flous et décadrages par Donja Pitsch

C.V. :
A été mannequin. A donc beaucoup voyagé.
A travaillé comme rédactrice pour des magazines de mode.
A écrit souvent en binome avec un directeur artistique, lorsque la collaboration s’est terminée, Donja s’est lancée dans la photographie.
Style : aime le flou, le décadrage : la liberté artistique en somme.
Cinéma : a eu la chance de travailler avec Andrej Zulawski pour le film «La fidélité». A réalisé les photographies que le personnage Sophie Marceau prend dans le film.
Signe particulier : intègre, elle a refusé de rempiler pour «La vérité si je mens 2».


Entretien.

Comment êtes-vous arrivée dans le domaine de la photo ?
Depuis 4 ans, je suis photographe après avoir été mannequin et styliste : une suite logique. En plus, j'aime bien la mode. C'est un métier où on voyage beaucoup, on travaille avec une équipe que l'on choisit soi-même (un assistant, souvent les mêmes maquilleurs, coiffeurs, même mannequin). C'est comme une famille, c'est très agréable et très léger la mode. J'admire les photographes reporter. Personnellement, je ne pourrais pas aller dans un pays toute seule. J'ai fait, par exemple, un reportage sur la Jet Set de Calcutta mais avec une journaliste, c'est plutôt du reportage haut de gamme. J'y ai rencontré des gens très riches…

Comment se sont déroulés vos débuts ?
J'ai fait des premières photos, des tests un peu sans but, juste un peu pour moi… Le côté
« Pourquoi pas moi aussi ? » Quand j'étais styliste, j'allais dans les bureaux de presse et je prenais également des habits pour moi. Un jour, je montre mes photos à un attaché de presse que je connaissais bien. Il m'a dit il faut que tu ailles voir William Studart le DA «Madame Figaro» et, bien sûr, je n'y suis jamais allée. Il me le disait à chaque fois, il m'a dit : «Si tu n'y vas pas, moi je l'appelle !» J'ai appelé et j'ai eu un rendez-vous le lendemain. En plus, je n’avais pas un vrai book, c'était des copies laser de mes images. Je l'ai donc vu le matin et l'après-midi, j'ai eu mon premier job. J'ai vraiment angoissé car, techniquement, je n’étais pas au point. Avant, je faisais ça avec des copines mannequins pour m'amuser et j'étais toujours surprise du résultat au labo.

Pourquoi ce parti-pris du flou dans beaucoup de vos images ?
Ce ne sont pas des erreurs techniques, en fait, j'aime quand ça bouge. Je choisis une vitesse un peu longue pour ne pas obtenir un flou complet sinon on ne voit plus rien. J'aime bien que la personne photographiée ne reste pas là, immobile, mais qu'elle bouge et qu'à un moment dans le mouvement, il y a un moment où c'est forcément bien. Vis-à-vis de la vitesse, je sais quel flou cela va donner… Au début, je faisais des films avec des vitesses différentes et je voyais lesquelles m'intéressaient. J'aime aussi quand la tête est hors-champ par exemple.
J'aime aussi cette idée de ne pas toujours voir la personne photographiée. C'est vrai que ça a été tout de suite un style, mon style. C'est cet atout-là qui a séduit Andrej Zulawski pour «La fidélité».

Justement, comment s’est déroulée cette collaboration pour le film «La fidélité» ?
Pour la mode, on fait dix photos par jour, on a une équipe, on prend son temps, on réfléchit. Tandis que pour « La Fidélité », l'équipe tournait une scène, on voyait Sophie Marceau prendre en photo quelque chose, des personnages, des fleurs, la scène était finie. Avant de changer les décors, Zulawski m'appelle et me laisse 3 ou 4 minutes pour faire la photo du personnage joué par Sophie Marceau, ce qui est très rapide. J'ai eu l'avantage de faire les images à l'aide d'un appareil numérique, un Nikon, plus exactement, celui de Sophie lorsqu'elle prend le match de Hockey. Zulawski et moi, on voyait directement les résultats et dès qu'on avait 2 ou 3 images qui correspondaient au style, on s'arrêtait. Ce qui était rassurant. Au départ, on ne savait pas si on faisait au numérique ou en argentique, j'ai fait les deux. Et il y a une grande différence entre les 2. Prendre au numérique m'a aidé à voir les images que l'on recherchait. Tandis qu'en argentique, je ne savais pas, je prenais beaucoup plus de risques en numérique. Suite au match de Hockey, on a fait toutes les images au numérique. Sur un film, on n'a pas droit à l'erreur, on ne peut pas refaire une scène. Je trouve le numérique extraordinaire !

Pendant ce tournage, n’êtes-vous pas devenue, vous aussi, un peu actrice ?
Oui, je jouais le double rôle de Sophie Marceau. Ce n'était pas mes images mais des images données pour le film. Mes images rentrent dans le rôle de Clélia, ce n'était pas Donja Pitsch et ses photos, c'était Clélia et ses photos. Sophie et moi, on s'est vu pendant deux semaines pendant le tournage pour s'entraîner avec l'appareil photo, comment le charger, comment le tenir, etc. Le week-end, elle prenait plein de photos, on les développait et on les regardait. Pendant la scène du hockey, par exemple, elle devait mettre le trépied, l'appareil photo et le film dans un même mouvement, ce qui n'est pas évident quand on n'a pas l'habitude, il faut s'entraîner aussi avec les appareils. Ce film m'a permis d'avoir beaucoup de contacts. Même avec des gens qui ne sont pas du tout dans la mode.

Dans le film de Zulawski, il y avait ce côté complémentaire du reportage avec le personnage de Nemo interprété par Guillaume Canet.
Exactement. Le photographe qui a fait les photos est un reporter. Lui, il a commencé avec la mode, puis il en a eu marre et s'est lancé dans le reportage.


Pour terminer, vos projets ?
Les photos de mode me prennent beaucoup de temps, je voyage beaucoup. Faire des photos de fleur m'a aidée à cela, j'ai envie de développer cette idée et de sortir un jour, pourquoi pas, un livre. C'est un sujet que tout le monde a essayé, il y a de beaux livres là-dessus. Pour moi, les fleurs ce n'est pas pour faire des natures mortes mais c'est la couleur qui m'intéresse. J'ai beaucoup de photos en stock également que j'ai faites pendant mes voyages. En ce moment, je travaille beaucoup pour les anglais comme pour «Cosmopolitan».

 

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