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Le monde selon Romain
Les images de Romain Paul apparaissent comme surprenantes, jamais vues, voilées, déformées, intimes. Pourtant, elles sont réalisées avec un appareil jetable de base. Pareil à tous les autres du marché à ceci près que Romain a un savant plaisir à se réapproprier le système de l’appareil comme d’autres bidouilleraient le moteur d’une vieille voiture. Romain parvient à mettre les jetables - PAP (prêt-à-photographier) pour le grand public – au service de la vision déformante qu’il a du monde.
Dans ses prises de vue, Romain se sert également d’une chambre 4x5 même si, évidemment, la relation qu’il a avec cet appareil n’est pas la même à celle de son fidèle jetable. Il baigne dans la photo depuis les Beaux-arts, depuis son premier appareil qui confirme déjà son goût pour l’instantanéité : un Snapshot. A présent, son jetable trafiqué, plus léger, est devenu son troisième œil, il l’a très souvent sur lui, cherchant sans cesse à retenir les détails de son environnement. En cela, il ne se situe pas loin de l’univers d’un lomographe. Pour Romain, «chacun a un appareil qui lui correspond. Deux personnes ne travaillent pas de la même manière.»
Tel un chimiste ayant trouvé une formule secrète, il s’est auto fabriqué un appareil unique. Comment d’ailleurs ? Avec, tout simplement, un paquet de chips (!), un peu de colle et un bout de carton de pellicule monté sur le devant de l’objectif. Le jetable, qu’il réussit à recharger, donne l’impression d’un mini zoom créant une sorte de fenêtre voilée sur l’ensemble de ses photos… L’aspect de bric et de broc passe inaperçu et fait parfois sourire les gens. La glace entre photographe et modèle est souvent brisée. Il avoue utiliser «cet appareil car les gens n’ont pas conscience qu’[il] fai[t} une photo d’eux. »
Effectivement, le jetable est avant tout une solution de proximité et de rapidité : «je peux sortir mon appareil et clac, comme dans les westerns où un duel doit se passer rapidement, je tire», plaisante-t-il. Romain fait partie de ces personnes qui aiment les rapports de proximité avec les gens et c’est ce que lui permet aussi son jetable trafiqué. Ses nombreux voyages en Europe ou plus simplement près de chez lui, lui permettent des rencontres dans la vie quotidienne ou dans ses voyages. Une situation amusante, touchante lui saute automatiquement aux yeux, «une petite chose se passe de manière anodine quelque part et peut se révéler absolument géniale pour moi» explique-t-il. Des rencontres d’1/100 de seconde ou plus approfondies, le principal pour lui est de tenter de montrer une ou plusieurs personnes dans leurs univers. Modestement, il avoue ne pas se sentir «dans la peau d’un créateur mais dans celle de quelqu’un qui fabrique et qui attrape des moments, comme un voleur. Une fraction de seconde dans l’univers, un clic».
Romain Paul, même s’il continue à traquer son quotidien sans relâche, espère à présent terminer un projet qui lui est cher. Des gens, toujours, mais dans un espace donné, plus réfléchi, et avec des objets qui leur sont propres, tout ceci formerait un travail personnel qui lui tient à cœur. Mais, fidèle à lui même, trafiquer un polaroïd ou même un appareil numérique le tente bien aussi… Un prochain challenge ?
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