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Les moments flous de Nicolas Comment
Nicolas Comment possède un style photographique bien à lui. Des photos comme des rêves, à la Dolorès Marat mais en plus lumineux. Pour BulBe, il nous décrypte ses photos incognito...
Nicolas, comment êtes-vous devenu photographe ?
J'ai toujours pratiqué la photographie
« clandestinement ». Au cours de mes études à
l'université puis aux Beaux-Arts, je m'intéressais
surtout au cinéma et à la vidéo.
J'ai toujours tenu à protéger cette pratique et
gardais cela pour moi, intuitivement. Mais, j'ai
profité du statut d'étudiant pour contacter des
artistes qui m'intéressaient... Comme Bernard Plossu
qui est vite devenu un ami ou Jun
Shiraoka, Magdi Senadji. Puis, grâce à Patrick Le
Bescont des éditions Filigranes qui à été un des
premiers à s'intéresser à mon travail et à le publier,
j'ai peu à peu commencé à montrer mes images...
Vos photos sont intemporelles, comme des petits
morceaux de vie. Que recherchez-vous dans votre
travail ?
J’aime bien dire que ma pratique est un « journal du
regard » (pour reprendre le beau titre de Bernard Noël
qui a écrit la préface de mon deuxième livre, Le
Point). Je me tiens toujours au seuil de l'intime
lorsque je photographie, précisément dans ces moments
vacants, ces « instants quelconques », qui constituent
souvent le plus clair (et le plus obscur) de mon
temps... Mais très vite, à mesure que les images sont
tirées, triées, ce jeu de photographies devient
surtout pour moi un combinatoire de formes qui trouve
de plus en plus sa justification dans « l’entre-image »
(et donc le livre). Cette manière de travailler me
permet de passer pour ainsi dire « derrière » ces photographies et d'accéder à un autre plan : celui de la fiction où un passage s'effectue de l'intime vers l'indifférence. Ces images, de la même manière qu'on transcrit l'oral par écrit, glissent alors vers une forme de récit : du simple journal intime on accède au roman. Quant à ce que ce roman raconte, je n’en sais à vrai dire rien, me contentant de distribuer des indices auxquels il ne m’appartient pas de donner sens...
Où trouvez-vous tous ces lieux anonymes ? Vous les recherchez ou se trouvent-ils sur votre passage ?
Ils se trouvent sur mon passage. Je déteste la
préméditation. Je crois, comme le disait Denis Roche
«à la montée des circonstances». Pour moi, chaque
prise de vue est un coup de dés. Pourtant, je ne
photographie pas n'importe où et réalise souvent mes
images dans des lieux clefs : de la même façon que
La Desserte (mon premier livre) était secrètement
chargé d’un certain nombre de clins d’œil, Le
Point (mon second livre) comporte lui aussi un certain nombre
d’images référencées. Ces citations qui ne sont pas
destinées à être appréhendées par le lecteur ni à
inscrire mon travail dans une quelconque filiation qui
serait, à vrai dire, bien anecdotique, sont en quelque
sorte des secrets de fabrication et j’ai pris le
parti par l’absence de légendes et de dates de ne pas
donner à lire ces diverses clefs qui ne regardent que moi, et motive surtout mes prises de
vues... Mais je crois assez – peut-être à tord ? –
qu’elles chargent ces images (souvent vides) un peu
à la manière d’une pile...
Avez-vous l'impression, par les thèmes et les
endroits abordés, que vous êtes dans la peau
d'un anonyme, incognito ?
Oui. Pour moi, la photographie est un art de la
clandestinité . C’est l’art du retrait, du peu. L’art
du repli...
Je crois que tout bon photographes se doit d’être un
peu maquisard... (Bernard Lamarche-Vadel en parle
très bien dans Ligne de mire.)
Vos projets ?
Je viens d’exposer une série de photographies autour
de Jean Cocteau à la galerie 2yk de Berlin, qui sera
reprise en décembre au Centre culturel Maurice-Eliot d’Épinay-sous-Sénart. (C’est une commande que j’ai réalisée l’automne dernier dans le sud de la France sur les traces du poète...) Je prépare par ailleurs sous la forme d’une résidence hors-les-murs un travail autour de la mythique Aurélia de Gérard de Nerval. Cela devrait donner lieu à la publication d’un livre l’été prochain. Par ailleurs, je vais participer à une exposition collective autour des rapports texte-image avec Bernard Noël, en Avignon, ce printemps.
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