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À table !
Dossier réalisé par Sandrine Derym et Mélanie Chardayre

 


Mise en bouche par les étudiants de l’ESAD
Variations autour du frigo
Faire ripaille avec Marc Brétillot
Farandole de recettes par Véronique Ellena
Cerise sur le gâteau : la photo culinaire selon Alain Gelberger
Bouquet de gourmandises par Caroline Briel

 

La nourriture au service de l'art : 3 formules au choix

De tous temps, la nourriture a inspiré l’art, on le sait : des collages de nourriture à même le tableau de Daniel Spoerri aux soupes Campbell d’Andy Warhol, sans oublier les portraits à base de légumes et de fruits d’Arcimboldo, des natures mortes de la Renaissance ou plus récemment des tableaux en chocolat d’Aldo Mondino… La nourriture, élément vital et dégradable, a nourri l’imagination des artistes qui l’ont parfois exploitée pour la fabrication d’une œuvre, à l’instar d’une peinture ou d’une matière à sculpter. BulBe a choisi de faire un coup de zoom sur trois artistes contemporains ayant détourné le sens premier de l’aliment pour le placer à un niveau artistique et créatif, comme le montrent les démarches de Natacha Lesueur, Sophie Calle et Vik Muniz.

Chez Natacha Lesueur ( cf ci-contre "Sans Titre", 1999), on est dans le faux semblant. La nourriture fait partie intégrante de l’homme par son côté végétal, périssable. Les légumes se flétrissent comme la peau de l’individu à moindre échelle. Pour cette jeune photographe, il n’y a pas une recherche de l’esthétique à tout prix – ses têtes en gelées ne mettent pas forcément l’eau à la bouche – mais elle tient à mettre en scène la nourriture sans fioriture, au contraire d’un pâtissier - artiste et aussi artisan - qui exige d’un gâteau qu’il soit beau, donc appétissant. Elle prend des photos où les haricots sont à la place des dents, les choux ou pastèques à la place des têtes, ou prend des fausses photos culinaires. Lesueur joue avec les limites du dégoût pour le corps humain et pour les aliments. Pourtant, l’aliment est perçu par elle comme une garniture du corps.

Au début, ce fut une idée de l’écrivain new-yorkais Paul Auster. Son personnage de Maria Braun dans son livre « Léviathan » est largement inspiré par Sophie Calle, artiste inclassable et expérimentale. L’écrivain a donc repris des actes artistiques de Sophie Calle (tel que la poursuite de la jeune femme par un détective) mais a ajouté une pincée de fiction dans son histoire. Fiction que Sophie Calle s’est empressée de réaliser à son tour, elle a donc suivi les mêmes régimes chromatiques que son double fictionnel Maria Braun. Le lundi, elle a mangé des aliments uniquement de couleur orange, la mardi de couleur rouge etc. Et a photographié frontalement chaque repas comme preuve de son obéissance. Car c’est bien de cela dont il s’agit, un jeu où Sophie Calle obéit à la lettre à ce qui était au départ une fiction, tout ceci grâce à une piste lancée par Paul Auster.

Quant à Vik Muniz, en regardant de loin, on pourrait trouver ses œuvres communes, presque passe-partout. Et en se rapprochant de ses créations, on découvre que cet ancien publicitaire a utilisé bien d’autres techniques que la peinture pour réaliser son œuvre. Du chocolat par exemple, avec lequel il confectionne un portrait de Mao ou de la confiture pour une représentation tout à fait subjective de la Joconde. D’autres « matières » lui servent également de support (le sucre, les spaghettis) auxquelles il mêle fils de fer, ou encore pâte à modeler. A la manière du Pop Art, Muniz revisite des thèmes connus ou des œuvres entrées dans les mémoires collectives avec du biodégradable : la nourriture. Une réflexion originale sur le côté périssable des choses que ce créateur brésilien prend plaisir à photographier. D’où un sentiment entre l’amusement et le malaise devant un travail en trompe-l’œil tout à fait mangeable !

S.D.
Régimes chromatiques de Sophie Calle, courtesy of Galerie Sollertis











Ci-dessus : La Joconde par Vik Muniz

 

Mise en bouche par les étudiants de l’ESAD
Variations autour du frigo
Faire ripaille avec Marc Brétillot
Farandole de recettes par Véronique Ellena
Cerise sur le gâteau : la photo culinaire selon Alain Gelberger
Bouquet de gourmandises par Caroline Briel
 
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