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Il faut le voir pour le croire
Oswaldo Gonzales
par lui-même

Légende de la photo :
"...Un de mes premiers travaux consistait à modifier les codes visuels auxquels nous sommes quotidiennement confrontés. Pour ce faire, je me suis servi du parking de mon immeuble. Mon travail a consisté à placer un deuxième panneau de sens interdit à l'entrée du parking, bouchant ainsi le seul passage d'entrée de voitures. Les locataires, devant un tel geste étaient complètement déboussolés, ne sachant comment s'y prendre. Dans cette situation, il y a eu ceux qui ont renoncé à se servir de leur voiture pour ne pas être confrontés au dilemme de rentrer en violant le code de la route, d'autres se croyant plus malins, ne tenaient pas compte de l'interdiction. Quand à moi sachant que j'étais l'auteur de l'oeuvre, j'ai continué à utiliser le parking comme d'habitude jusqu'au au jour où je décidais d'annoncer à mes voisins que j'étais le responsable de cette intervention. La suite moins heureuse, a été que lors de la réunion du syndic de propriété, les propriétaires ont pris la décision de m'expulser de l'immeuble. Décidément, mes voisins et le concierge ne comprennent rien à l'art contemporain..."


C’est la place prédominante de l’image dans nos sociétés qui m’a incité à les interroger, sans doute car on peut leur faire dire ce que l’on veut. En ce sens, mon travail vise à mettre en évidence le dispositif qui articule notre sémantique visuelle.

Au début de ma recherche plastique se situe une investigation picturale qui me conduit à m’interroger sur l’espace plastique bidimensionnel et la façon dont celui-ci s’est construit tout au long de son histoire. C’est grâce au dispositif photographique que j’ai pu trouver un médium en harmonie avec mes inquiétudes de construction et déconstruction de l’image. La photographie me permet de prélever les images du réel qui, par la pixellisation et la retouche numérique, deviennent des paradigmes visuels. J’essaie de brouiller la limite entre le réel et l’irréel, l’observateur est ainsi pris au piège des références auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés, ne sachant pas très bien quelle est la part de fiction ou de réalité.

C’est ainsi que j’ai réalisé une série de pièces qui ont pour but de répertorier les différentes formes contenues dans l’image. En ce sens, je me suis servi de prises de vue du paysage urbain que j’agrandis à l’aide de l’ordinateur pour interroger le moindre détail qui se trouve sur la photo. À l’image d’un détective ou d’un archéologue, j’essaie de mettre en lumière le moindre indice qui fait qu’un espace public devient un espace déterminé, où chaque objet nous renseigne sur la vie de ses visiteurs. Par ma démarche, j’essaie de montrer que toute activité humaine a pour objectif de signifier. L’espace urbain devient ainsi la conséquence de la construction consciente ou inconsciente de l’action de l’homme.

Et si la réalité n’était pas aussi certaine que ce que l’on croit ?

Dans ce même ordre d’idée, je commence un travail de décomposition de l’espace. Grâce à la retouche d’image, je me suis mis à redéfinir l’espace, à échanger et organiser à ma guise l’espace physique dans lequel nos sommes censés évoluer. Je colorie ainsi, les animaux qui se trouvent au Zoo de Vincennes en prétendant qu’il s’agit d’une intervention plastique, essayant de révéler les lieux communs de la création plastique contemporaine. Cela vaut la peine de remarquer que lors de la présentation au public de ces photos, les réactions ont été diverses ; il y a eu ceux qui se prêtaient au jeu et me proposaient d’aller encore plus loin dans ma démarche pendant que les plus sceptiques riaient devant la satire qui se présentait à leurs yeux. La pièce que je vous montre fait partie de cette série. Elle trouve son origine dans le passage de mon permis de conduire. Un panneau de circulation devient un impératif à respecter si nous voulons que l’ordre règne, établissant ainsi des normes qui deviennent des lois. C’est ainsi que je me suis mis à imaginer ce qui arriverait si, tout à coup, nous voulions sortir des normes et des conventions établies pour imposer notre propre vision du monde. N’est-ce pas l’aspiration suprême de l’art ?

Actuellement mon travail consiste à pousser davantage ma recherche sur la limite entre la fiction et la réalité. Dans ce dessein, je me sers de la photographie des paysages que je mélange à d’autres images qui n’ont rien à voir avec ces dernières. C’est ainsi qu’une série de poissons apparaissent sur un ciel nuageux où vient s’inscrire le mot « Eternity ». Mon but est de créer des images proches de l’univers de la publicité avec la seule différence que le produit que je propose est un idéal comme : l’éternité, la liberté, l’égalité...

Voici comment je pourrais résumer les trois axes principaux qui déterminent mon travail et que j’essaie de développer parallèlement, ayant pour seul intérêt l’image contemporaine. Nous sommes devant un monde bâti sur l’image, ou notre seule devise est : il faut le voir pour le croire.

 


 
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