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FEMME FAILLE
Stéphanie Buttay par elle-même
Ce dessin fait partie d’une série entamée en juin dernier, alors que je sortais d’un travail particulièrement prenant. J’avais besoin de retrouver une respiration, retrouver ce plaisir pur de dessiner sans intention, juste faire se mouvoir le crayon au-dessus de la feuille, au gré des mouvements imprimés par la main.
J’ai commencé par dépecer, peu soigneusement, un exemplaire de l’œuvre complète d’Arthur Rimbaud. J’éprouvais le besoin de partir d’un support déjà habité : le papier jauni du livre d’occasion, la page en partie couverte par du texte, les mots du poète longtemps fréquenté qui continuent de résonner à mes oreilles.
Je dessine le matin en buvant mon café. Encore ensommeillée, le cerveau n’est pas trop alerte. Il exerce peu de contrôle sur la main. Elle peut alors s’ébrouer à peu près librement, renouer avec un certain état de sauvagerie. Ce qui me vaut aussi nombre d’accidents : un trait mal assuré qui dévie, un motif mal appliqué et le dessin s’emballe dans une autre direction.
Je travaille à partir des surfaces laissées libres par le texte, mais aussi avec ces surfaces. Je m’occupe peu du contenu. En dehors de la figure féminine récurrente, ce qui vient sur la page me surprend. La plupart du temps, le dessin s’élabore en résonance avec un détail auquel je prête soudainement attention : le geste d’une main, l’inclinaison d’une tête, le tombé d’une chevelure. Je ne sais pas toujours le lire une fois terminé. Je trouve des réminiscences de textes lus, d’images vues ou de conversations. Ainsi de cette «FEMME FAILLE » : je me suis appropriée l’expression d’une amie et je lui ai donné forme. Mais pourquoi écrire le mot «perdue » sous la tête coupée ? Simplement, le mot me semblait devoir s’inscrire là à ce moment là.
Depuis juin, un à un, les dessins s’empilent régulièrement. Ils forment un petit tas. J’aimerai pouvoir en couvrir un mur. Celui, fantasmatique, d’une traversée quotidienne des émotions.
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