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Eric Pougeau - 1968-1974
Ces dates sont gravées dans le marbre noir de l’urne funéraire qui clôt l’exposition. L’artiste n’a pas 5 ans, il n’est pas réellement mort, mais sa vie a sans doute basculé à ce moment.
Chaque pièce de l’exposition d’Eric Pougeau va ainsi creuser lentement, par petits mots, phrases courtes et écriture d’écolier, un sillon profond et douloureux vers une enfance massacrée, où coupables et victimes fusionnent pour mieux s’entretuer.
Une œuvre qui s’appréhende comme autant de fragments de mémoire, de l’enfant mort en 1972, et qui depuis copie ses lignes : « J’ai peur, je veux être la peur », « Mon dieu, faites que mes parents meurent », et ses conjugaisons : « je me mutile, tu te mutiles, il se mutile… » . Prend connaissance des petits mots d’amour laissés par ses parents : « Mes chéris, quand papa et maman mourront, vous serez seuls, puis vous mourrez aussi. A ce soir. Maman. »
Jusqu’aux objets créés par l’artiste, dont aucun n’a d’utilité dans ce monde déviant - les fourches sont doubles, les règles d’école sont taillées en pointes acérées -, mais tous redoublent de danger et d’anormalité. Ils blessent doublement, par le père, par la mère.
Conscrits dans les petits formats quadrillés de la page d’écolier, ou proprement gravés sur les marbres funéraires (un mot à la fois : « Salope », « Hasshole »), la douleur et le malaise se répandent et déferlent, traçant une vie entière de traumatismes.
Une œuvre qui touche à l’universel, aux excès multiples d’une cellule familiale qui jamais ne remplit ses fonctions, mais massacre consciencieusement et systématiquement l’enfant, piétine l’innocence, gorge les pages de son sang, arrache des cris muets, multiplie punitions et vexations.
Eric Pougeau
« J’ai peur, je veux être la peur »
Jusqu’au 14 avril 2007
Galerie Alain le Gaillard
19, rue Mazarine
75006 Paris
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L'image d'après, cinéma !
Les rapports entre cinéma et photographie ont toujours été sensiblement liés, quelques photographes de Magnum - et pas des moindres - mettent ce sujet en évidence à la Cinémathèque qui, depuis sa réouverture, regorge décidément de bonnes idées... Abbas, Antoine D'Agata, Harry Gruyaert, Gueorgi Pinkhassov ou encore Gilles Peress viendront débattre sur cette thématique, ce qui promet d'être pour le moins passionnant... Ils ont également concocté une belle programmation de film en référence à la photographie ou qui les inspire pour leur vision de photographe. L'image mouvante fut émouvante pour eux et ils souhaitent nous le faire partager. On aura plaisir à revoir des films à la plastique sublime tels que le Désert Rouge d'Antonioni, Elephant de Van Sant ou encore Stalker de Tarkovski.
Du 4 avril au 30 juillet 2007
A la Cinémathèque
51 rue de Bercy
75013 Paris
Rencontres prévues :
MERCREDI 4 AVRIL - 19H00 : Projection et débat avec Donovan Wylie
VENDREDI 6 AVRIL - 19H30 : Rencontre avec Gilles Peress
SAMEDI 21 AVRIL - 15H00: Dialogues avec Antoine d'Agata et Harry Gruyaert
DIMANCHE 22 AVRIL - 11H00 : Dialogues avec Abbas et Patrick Zachmann
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Jef Aérosol, VIP
Les pochoirs de Jef Aerosol présentés dans le livre paru aux éditions Alternatives méritent amplement le titre de VIP (Very Important Pochoirs).
Élevé aux Clash, lustré au British punk rockers, enivré par la Factory, ébloui par Warhol, cet arpenteur urbain révèle sa personnalité au fur et à mesure des portraits qu’il réalise. Chacune de ces figures, exécutée au pochoir sur les murs, conjugue émotion, humour et respect, aussi bien du sujet que de l’environnement. Leur emplacement dans les paysages urbains - murs, portes, vitrines - confère une aura de visiteurs étranges, témoins silencieux de nos activités et rappel de nos idéaux.
La texture du mur se marie à celle de la peau, les portraits (près de 200 dans le livre) s’animent, présents et vivants. Jef Aerosol ose la couleur, les chairs mélangent le vert, le violet, l’orange, et la signature d’une flèche rouge le rapproche d’un peintre comme Bacon, adepte de cette signalétique qui dirige le regard, incite au mouvement et fixe l’identité.
Les textes qui accompagnent chaque portrait et que Jef Aerosol a composé en quelques jours pour la présente édition, passent de l’anglais au français avec grâce et fluidité. Ils nous font voyager d’un continent à l’autre, de Lou Reed à Gainsbourg, de Dylan à Gabin, de Kerouac à Perec. Dans ses phrases liées par des points de suspension, il s’adresse directement à ses modèles. Il partage avec eux (vivants ou morts, connus ou non) une relation privilégiée, pour les avoir aimés, pour avoir sondé leurs traits et leur personnalité à coups de cutter dans le carton de ses pochoirs, à coups de bombe sur la peau des murs.
VIP
VERY IMPORTANT POCHOIRS
Jef Aérosol
Editions Alternatives
144 pages - 360 illustrations en quadri
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Chayan Khoi, globe-rêveur et cyberréaliste
Le photographe Chayan Khoi d’origine iranienne expose ses photos et ses carnets de voyages, dans une mise en scène invraisemblable, au 22 place Vendôme, à Paris. Fin technicien de l’art numérique, son travail consiste en de vastes compositions qui rassemblent les plus grands sites culturels et naturels du monde. Le Taj Mahal, New York, les temples d’Anghor, Venise, les pyramides mexicaine, les glaciers de l’antarctique..., tout se côtoie et fusionne dans des créations fantastiques.
Chayan Khoi, qui semble avoir été partout, entend, avec ses photographies, encourager une prise de conscience écologique. Il nous montre une civilisation immergée sous les eaux, ou bien envahie par le sable, la jungle, la glace. Son travail se veut aussi symbolique : chaque élément d’une photo fait écho au concept qui y préside, et doit pourvoir être décrypté.
Certes, le petit jeu qui consiste à deviner les lieux, les monuments et les symboles a ses limites, et certaines compositions peuvent paraître du plus mauvais goût. La surcharge et le manque de sobriété des compositions tournent parfois au kitch, voire au comique. D’autres fois, l’équilibre esthétique est parfaitement maîtrisé, et l’on découvre alors des œuvres d’une grande puissance.
Quoiqu’il en soit, le travail hallucinant de photographe et de scénographe que manifeste cette exposition « No man’s land » mérite amplement le détour. Outre les photographies, on y trouvera de magnifiques carnets de voyages et des travaux de sculpteurs remarquables.
22, place Vendôme, 75001 Paris
de 11h à 19h jusqu’au 24 mars
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The air is on fire : David Lynch à la Fondation Cartier
Peu après la sortie en salle de son dernier film Inland Empire, le cinéaste américain reste sur l’avant-scène de l’art contemporain avec The air is on fire, exposition à la Fondation Cartier qui constitue la plus importante exposition jamais consacrée à l’œuvre de Lynch en tant qu’artiste plasticien. Elle rassemble peintures, photographies, dessins, films expérimentaux et créations sonores, réalisés entre 1960 et aujourd’hui. Le tout est mis en scène par l’artiste.
Son travail de plasticien surprendra : au premier coup d’œil, peu ou pas de rapport avec son univers cinématographique. Alors que l’esthétique de ses films est toujours très soignée, lisse et froide, on découvrira des peinture-collages à la limite du figuratif et chargés de concrétions diverses évoquant des matériaux organiques peu ragoûtants. Ses tableaux prennent en effet la forme de bas-reliefs, du fait des éléments collés, coulés, assemblés. La photographie se mêle parfois à la peinture et aux collages, et le tout est toujours accompagné de textes sur la toile elle-même, explicitant la scène représentée.
Outre ces œuvres-tableaux, des courts-métrages sont projetés à l’étage inférieur, ainsi qu’une installation réalisée spécialement pour l’exposition. Quant aux dessins de Lynch, si certains retiennent l’attention par la singularité de l’univers figuré, beaucoup ont essentiellement un intérêt biographique, et d’autres encore n’intéresseront que les fétichistes.
Le sous-sol expose aussi une belle série de photographies. Là encore, surprise. Certes, certaines photos retiendront l’attention par leur esthétisme et leur atmosphère singulière − notamment la série des nus. Mais enfin, on est très loin de l’esthétisme des Blue Velvet, Twin Peaks, Lost Highway, Mulholland Drive ou Inland Empire. Les images que l’on pourrait tirer de ces films sembleraient à la fois plus originales et plus saisissantes que cette série de photographies, somme toute assez banale en comparaison.
Allez donc à la Fondation Cartier par curiosité et pour mieux comprendre l’univers du cinéaste, et vous ne serez pas déçus, mais préférez les salles de cinéma pour une expérience esthétique plus saisissante.
The Air is on Fire Fondation Cartier jusqu’au 27 mai
Tlj sauf le lundi, de 12h à 20h / 6.5€
261, boulevard Raspail, 75014
01 42 18 56 67
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Mine de talents : Vitamine D, Nouvelles perspectives en dessin
Après Vitamine P, Nouvelles perspectives en peinture, Vitamine D, le nouveau cocktail de vitamines de Phaïdon, ouvre ses pages à 109 artistes internationaux qui s’expriment principalement par le dessin. Sélectionnés par des critiques et des directeurs de musées, ces jeunes talents tirent leur trait du microscopique au monumental, en noir et blanc et en couleurs, entre le conceptuel et le tridimensionnel. Vif et expérimental, le dessin crée des compositions nouvelles et d’une absolue richesse.
Emma Dexter écrit en introduction de cette voluptueuse somme de talents, une passionnante histoire du dessin, essai et présentation de la pratique de ce médium comme de son statut à travers les temps.
L’œil peut ensuite partir en exploration, s’enfoncer dans le velouté des pages à la poursuite des lignes et des constructions multiples engendrées par l’imagination et la sensibilité d’artistes aussi divers que Kaoru Arima, Moriceau et Mrzyk, Francis Alÿs, Zak Smith... Autant de processus, autant de créations dont Vitamine D révèle l’infini pouvoir d’attraction.
Vitamine D, Nouvelles perspectives en dessin
Editions Phaïdon
351 pages, environ 500 illustrations en couleur
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Thomas Hirschhorn persiste et signe
«Concretion Re» à la Galerie Chantal Crousel, est la répétition de Concretion, qui a eu lieu en 2006 au Creux de l’Enfer.
Thomas Hirschhorn répète, il enfonce le clou, profondément, comme il enfonce des clous, par centaines, dans les corps des mannequins exposés dans la Galerie.
Galerie où l’on s’avance le souffle coupé, le cœur affolé, tentant de se frayer un passage entre les vitrines, les mannequins criblés de douleurs, les murs hérissés de pierres, les cartons qui s’écrasent sous nos pieds, le tout étouffé par le scotch épais et marron, avaleur de lumière, bouffeur de particularité, baillonneur de voix. Le public progresse au cœur même de la Forme, au milieu des murs d’images, des rangées de têtes écorchées, des ventres ouverts, des membres arrachés, des plaies béantes, des visages brûlés, d’impensables, d’inimaginables violences perpétrées par l’homme sur l’homme.
La souffrance de l’autre devient notre souffrance, la puissance de l’empathie submerge chaque visiteur. Les photographies de corps mutilés par la guerre se multiplient, rivalisent d’horreur, se fécondent les unes les autres. Les protubérances de scotch épais qui déforment les mannequins impavides répètent sur leur corps présumé parfait les mutilations réelles altérant les chairs.
Dans le Manifeste distribué à l’entrée de la Galerie, Thomas Hirschhorn explique son travail, les principes de répétition et de concrétion qui organise la Forme, le corps collectif meurtri, le durcissement de l’acte artistique, l’affirmation sans cesse répétée de la vérité, au-delà des Faits, au-delà du piège de l’information. Dans la Galerie, des vidéos de l’artiste en conférence : le son est coupé, l’écran barré de scotch marron. Aucun commentaire n’aidera à la compréhension de l’œuvre. Le travail du spectateur : faire acte de vérité et de volonté.
Concretion Re de Thomas Hirschhorn
Galerie Chantal Crousel
10, rue Charlot
75003 Paris
Jusqu’au 10 mars
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L’image événement au Jeu de Paume
Sous l’intitulé L’événement, la Galerie nationale du Jeu de Paume propose un parcours non-exhaustif d’images témoins du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.
De manière a-historique, cinq évènements rythment la visite : la guerre de Crimée (1854-56), la conquête de l’air avec Louis Blériot (1909), les congés payés (1936), la chute du mur de Berlin (1989) et le 11 septembre 2001. Ces documents montrent que chaque époque détient son propre moyen de diffusion et sa propre matérialité de l’image évènement. L’exposition retrace en filigrane, l’histoire des techniques reproductibles : gravures, photographies, images de presse, télévision. C’est l’explosion de l’image comme information ou plutôt de l’image spectacle.
Le visiteur est alors en droit de s’interroger. En quoi l’événement fait-il image ? Comment fait-il image ? Quels choix sont-ils opérés ? Que montrer ?
Pour cela, les commissaires mettent en scène un comparatif de plus de 200 unes de journaux sur le 11 septembre. Ils classent par catégorie d’images. Le fait est renversant et permet de s’apercevoir que les lignes éditoriales vendent du spectacle, jusqu’à l’overdose. Jusqu’aux objets du quotidien, l’image événement pénètre notre espace social et intime sous formes de t-shirt, de mug, de puzzle pour commémorer l’évènement ou témoigner de son patriotisme.
Dans notre environnement immédiat, l’image s’affranchit comme informative. Mais elle se révèle plutôt comme un pouvoir politique. Plus que nécessaire, cette exposition souligne la nécessité aujourd’hui d’analyser, de décrypter, de disséquer les images de notre quotidien, afin que la société puisse enfin prendre le recul nécessaire face à cette banalisation de l’image-spectacle.
L’évènement
Jusqu’au 1er avril 2007
Jeu de Paume
1, place de la Concorde
75008 Paris
Photo ©Thomas Ruff
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Joe Coleman le pyromane
Il exécute ses premiers croquis à huit ans, dans la classe pour enfants déficients et inadaptés où il a été placé. Il reçoit peu de temps après un prix pour un dessin représentant un tas de détritus, prix remis par la femme du président Lyndon B. Johnson. À quatorze ans, il met le feu au terrain d’une école catholique. Arrêté, il confessera plusieurs meurtres imaginaires. Il fête ses seize ans l’année du massacre de Sharon Tate par les adeptes de Charles Manson.
Adulte, il expérimente sur son corps la théorie du big bang en se ceinturant de bâtonnets de dynamite qu’il fait exploser dans l’assistance.
Joe Coleman n’est pas normal.
Joe Coleman fait peur, ses peintures aussi.
Pour cette première exposition en France, le Palais de Tokyo réunit vingt toiles de l’artiste. Vingt toiles dont il vous faudra plusieurs heures pour venir à bout.
Coleman peint la face obscure de l’Amérique, ses freaks, ses serial killers, ses anti-héros. Et lorsqu’il change de sujet, c’est pour lorgner du côté des tortures, jeux de massacre et autres réjouissances.
D’une incroyable minutie (il travaille avec des lunettes de diamantaire), ses toiles racontent la vie entière de ses détraqués de prédilection, de la naissance à la mort, en passant par les nombreux crimes commis. Oscillant entre l’esthétique comics et la précision obsessionnelle de Bosch ou de Brugel, l’impact de ses peintures à l’huile est ahurissant. Icônes religieuses, enluminures du Moyen-Âge, mais aussi « image-reportage » à la Goya, la démesure dans l’infiniment petit que décrit Coleman est à la hauteur des traumatismes, folie et souffrance qui s’échappent de la toile.
Le regard plonge dans chaque toile pour une traversée de plusieurs minutes, voire de plusieurs heures, passées à lire les nombreux micros textes narrant l’histoire du psychopathe représenté, à explorer les saynètes qui recouvrent l’espace, à suivre le labyrinthe de la chronologie illustrée.
Joe Coleman a aussi de l’humour, et c’est ce qui nous sauve du chaos.
Joe Coleman du 1er février au 11 mars 2007
Palais de Tokyo – Site de création contemporaine
13, avenue du Président-Wilson
75116 Paris
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