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Expositions virtuelles concoctées par BulBe... Sujets divers Propos d'artistes
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Distance rapprochée, Rebecca Bournigault

L’exposition à la Galerie Frédéric Giroux s’intitule : Six-cent quarante-quatre millimètres, soit la longueur du bras de l’artiste plus un millimètre.
À partir de cette donnée arithmétique, Rebecca Bournigault convie notre regard et nos sens à un partage des distances, éloignements et rapprochements qui unissent ou séparent les corps. En trois vidéos et une dizaine d’aquarelles, elle décortique des unités infranchissables.
Sous verre, des têtes décapitées s’abandonnent en un infini baiser. Des paillettes illuminent et épaississent le sang de leur cou tranché et le carmin de leur langue nouée.
Sur les écrans, jets de salive sur un corps immobile, mains plongées dans une eau limpide et qui, en trois points de vue, serrent et desserrent notre attention et obligent à une série de questions troublantes. Rebecca Bournigault possède le don de bloquer l’image pour laisser déborder notre imagination.
Et puis il y a « Lake », une vidéo de vingt-neuf minutes, un homme et une femme qui se poursuivent, elle en robe noire, ruban noir flottant dans ses cheveux et escarpins rouges dont les talons claquent et rythment le silence et le voyage de ces deux êtres. Où vont-ils ? Et jusqu’où ? Jamais ils ne se touchent, pourtant intimement liés par une distance palpable et élastique. Leurs pas enjambent les paysages, traversent villes, campagnes, forêts, jours et nuits. Ils marchent, infatigables, résolus, soudés par l’invisible.
La fin ne se dévoile pas, elle se regarde et nous laisse seuls.

Rebecca Bournigault
Six-cent quarante-quatre millimètres
Galerie Frédéric Giroux
8, rue Charlot
75003 Paris
Jusqu’au 24 février 2007

P.LQ.
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Vision’R, The Festival VJ made in France

Le VJing est une jeune discipline née au début des années 1990. C’est l’art de mixer, sampler en direct des flux d’images en mouvements sur des musiques essentiellement électroniques. La pratique du Vjing a d’abord envahi les clubs et autres soirées underground. Aujourd’hui, être Vj c’est être un véritable collagiste d’images fixes et animées en direct sur un fond sonore. Quatre grandes familles cohabitent : d’abord le VJ-Dj où l’analogie son et image doit être parfaite, puis le Vj-artiste vidéaste s’illustre en véritable collagiste de ses créations visuelles personnelles ou tombées dans l’espace public, ensuite le VJ-visucien qui réalise un réel happening, du live art sans filet, et enfin le plus technicien de tous : le Vj-développeur/concepteur qui est un véritable ingénieur artistique.

Depuis trente ans, le couple Steina et Woody Vasulka explore les interactions en direct du son sur l’image vidéo, une pratique Vjing avant l’heure. Cette combinaison son et image se poursuit avec l’éminent Brian Eno avec ces ambiances colorées et sonores psychédéliques, vues à la dernière Biennale de Lyon.
Le festival Vision’R propose son deuxième opus les 19, 20 et 21 janvier à Paris où vous pourrez découvrir toute l’ampleur et la créativité du Vjing, qui pourrait bien si peu contaminer les grandes institutions de l’art contemporain en France de manière systématique.

Vision’R
19, 20 & 21 janvier 2007
La Bellevilloise (Paris) & Mains d’œuvres (Saint-Ouen)
Image ©Vision’R

A.B.
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Et c'est... LA BONNE ANNÉE !!!

Toute l'équipe de Bulbe vous présente ses meilleurs vœux pour cette année 2007 : "clic"

Bulbe
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LA photo trouvée

Il s’agit de la photo trouvée et non des photos trouvées, car c’est à chaque fois la perle rare que recherchent les deux auteurs Michel Frizot, célèbre historien de la photographie, et Cédric de Veigey, enseignant chercheur dans le même domaine. Avec les règles esthétiques actuelles, ces deux chercheurs se sont plongés dans des cartons de photographies anonymes. On ne connaît pas leur date, leur provenance, leur sujet. À chaque fois sur une pleine page et cerclées de blanc tel un album, elles existent par leurs cadrages, leurs mystères, leurs flous involontairement artistiques. Il s’émane de ces images une nostalgie certaine et une modernité le plus souvent dans le point de vue (surement non désiré pendant la prise de vue), l’une ressemble à Eggleston, l’autre à Diane Arbus, à Kris Phillips ou encore à Gustave Le Gray. La thématique du livre va bien au-delà de la photo trouvée, elle nous démontre surtout que la notion de « bonne photographie » (c’est-à-dire celle que l’on retiendra dans une sélection) s’apprend avec l’histoire, avec les styles instaurés par diverses grands artistes et différents courants. « Photo trouvée » est davantage un livre sur l’apprentissage de la photographie à conserver car touchante, mystérieuse et réalisée par un œil délicieusement inconscient qu’un simple recueil de photos anonymes.


Photo trouvée de Michel Frizot et Cédric de Veigey
Editions Phaidon
320 pages
39.95 euros

S.D.
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La vie illustrée d’Annette Messager

La somptueuse monographie parue aux Presses du réel révèle la part écrite de l’œuvre d’Annette Messager.
De 1971 à 2005, l’ouvrage dévoile une œuvre totalement portée par les mots, construite sur les lettres, leur forme graphique, leur sens littéral.
Mot pour Mot se lit comme un roman, avec ses chapitres, ses personnages (ou plutôt son héroïne : Annette Messager collectionneuse, Annette Messager truqueuse, Annette Messager femme pratique, Annette Messager artiste…), ses rebondissements, ses tensions dramatiques ; il se regarde aussi, comme un livre d’art, et le lecteur-amateur oscille entre une œuvre qui se lit et un livre qui se contemple.
L’artiste multiplie les correspondances entre l’art et le langage, elle entretient une relation épistolaire passionnée avec les matériaux particuliers que sont les mots, les phrases, les maximes, citations, modes d’emploi…Une écriture hybride - de magazine, du quotidien, ou ancestrale - qui offre à Annette Messager un terrain illimité d’expérimentations, de possession et d’appropriation.
L’œuvre devient un Fragment du discours pictural, une déclinaison quasi exhaustive des domaines d’écriture et de création. Entre les doigts de l’artiste s’inscrivent des paragraphes sur Les Travaux d’aiguille, Les hommes que j’aime, Les hommes que je n’aime pas, Les dépenses au quotidien pendant un mois, Ma collection de champignons bons et champignons mortels, Mon guide du tricot, des Histoire des robes, La romance digestive d’Annette Messager, les Lignes de la main, les Petites pratiques magiques quotidiennes… La curiosité d’Annette Messager est illimitée, et se perdre dans son œuvre revient à s’égarer dans un grenier où l’on découvrirait avec des cris de joie ou de frayeur des assemblages incongrus d’objets rituels oubliés.
Ses leçons de couture, d’écriture, de cuisine, de sorcellerie, de tricot ou de bricolage transcrivent une réalité « domestique » que l’artiste masque ensuite. Car si Annette Messager se plait à collectionner, elle confie vouloir constituer une collection d’appellations (ces identités qu’elle revêt selon ses aspirations, exubérances ou préoccupations), qui la préserveraient de l’extérieur, du temps qui passe, et d’elle-même. L’appropriation (qui va jusqu’à la possession lorsqu’elle prend des photos de ses modèles) de la vie des autres, ces subtiles usurpations d’identité, mais aussi le laborieux travail de copie, la constante vigilance pour ne rien perdre, ne rien laisser s’échapper, organise la fuite d’Annette Messager, une fuite pavée de mots.
Ces mots dont on suit l’évolution et l’expansion au fil des pages, qui finissent par sortir totalement de leur support et du cadre pour devenir volumes et s’organiser dans l’espace. De contour, les lettres deviennent œuvres à part entière et dessinent le manifeste artistique d’Annette Messager, auteur.

Annette Messager
Mot pour mot
Monographie chronologique illustrée, avec des textes inédits de l’artiste et des entretiens.
Les presses du réel

P.LQ.
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La «mémé américaine»de Nina Khoronen au Centre culturel suédois

«Mimine», tel est le petit nom de la mémé d’origine finlandaise photographiée par Nina Khoronen, dans son environnement américain. Mimine, de son vrai nom Anna, est la « mémé américaine » de la photographe finlandaise installée en Suède depuis vingt-cinq ans. Agée de quatre-vingt ans, Mimine nous montre son fabuleux appétit de vivre en autant de gestes suspendus, gestes qu’a su saisir et donner à voir sa petite fille Nina.

Et c’est Mimine déjà - mais nous ne le savons pas encore - qui nous accueille au seuil de l’entrée de l’exposition, rectangle coloré sur fond blanc. Mimine s’expose alors de dos dans le geste simple et si souvent répété dans la vie d’une femme qu’est celui d’agrafer – à moins qu’il ne s’agisse de dégrafer ? - son soutien-gorge. Parce qu’à quatre-vingt ans, la grand-mère venue de Finlande et devenue américaine – elle avait tant envie de découvrir le monde -, porte toujours des soutiens-gorges.

Et c’est une autre chair que celle des mannequins anémiés des surfaces lisses et glacées des couvertures de magazines que nous montre Nina Khoronen, une chair qui lui est chère. Une chair nimbée de lumière à faire vibrer la rétine du spectateur lorsque Mimine/Anna, en chemise de nuit et cheveux roulés en bigoudis, porte une tasse à ses lèvres devant l’évier de la cuisine, ou lorsqu’elle allonge son corps juste assez dénudé pour prendre le soleil de l’après-midi. Une chair marquée de plis et contre plis, ceux qu’impriment à même la peau les aléas de la traversée de la vie. Une chair que ne craint pas de montrer l’aïeule quand elle s’attarde les bras légèrement détachés du corps, toute à son plaisir, dans les bleus de sa robe, du ciel et de la mer (voir photo ci-contre : La Mer, Lake Worth, Floride). Une chair que ne craint pas de shooter, puis de recueillir et enfin d’exposer, sa petite fille Nina : de son logement aux rues de Manhattan, la photographe a inscrit son œil tendre et incisif dans les pas de sa grand-mère. À l’y suivre, au gré des photographies présentées sur les cimaises du premier étage du Centre culturel suédois, on s’attache au quotidien d’une femme âgée qui pourrait être notre grand-mère, toutes les grands-mères. Entre tendresse et facéties -lorsqu’elle montre Mimine/Anna, tenant devant ses yeux un masque rose et plume dans le clair obscur flou d’une nuit tombante - les prises de vues de Nina Khoronen offrent de vifs contrastes de lumière et de couleurs saturées, tout en respectant une grande rigueur de cadrage.

«Ma mémé américaine 1993-1999» a tout d’abord été un livre (Anna, Amerikan Mumu, Ed. Journal) primé en 2004 du «Prix du livre photo de l’année», crée par la Fédération des photographes suédois. À l’occasion du Mois de la photo de novembre dernier, le Centre culturel suédois a également réuni les ouvrages des autres lauréats de ce prix. Et si cette année, le Mois de la photo avait pour thème «le Désir du livre», les photographies de Mimine prises par sa petite fille Nina en excèdent le cadre, elles viennent à l’appui d’un désir bien plus vaste : le désir de vivre.


Jusqu’au 21 janvier
Centre culturel suédois
Hôtel de Marle
11, rue Payenne
75003 Paris

Nina Korhonen
«Ma mémé américaine», photographies
Prix du livre photo
Livres photo et photographie

S.B.
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L’indépendance en images

Les Presses du réel accueillent en diffusion les éditions Nièves.
Maison d'édition indépendante fondée en 2001 et basée à Zurich, Nieves se consacre essentiellement aux publications d'artistes et aux magazines, entre art contemporain, graphisme, mode, musique et «cultures spécialisées».
Comme autant d’escales dans la galaxie de l’art contemporain, ces ouvrages s’ouvrent sur des domaines intimistes, des collections privées, des séries de photographies, des journaux intimes - graphiques ou photographiques-, des images inédites, mais aussi des petits catalogues d’œuvres graphiques (avec par exemple Dylan Martorell), des compilations de figures et d’illustrations, des playlist musicales fictives…
Des livres auxquels on s’attache et qui deviennent rapidement des témoignages créatifs amicaux venus de tous les continents pour terminer leur voyage entre nos mains.

P.LQ.
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La Fabrique de Tania Mouraud

Au loin, des salves d’applaudissements.
Attiré par cette ovation, le public s’enfonce, confiant, dans les entrailles du Tri Postal.
Puis il passe un seuil, et pénètre dans La Fabrique.
Le voilà cerné par vingt cinq moniteurs diffusant vingt neufs vidéos pour plus de cent portraits qui le dévisagent. Et ce bruit, ces claquements secs, sans appel, démultipliés, assourdissants.
La Fabrique, nouveau dispositif vidéo de Tania Mouraud, construit et déconstruit l’espace au gré d’un processus combinatoire qui unit le son, l’image et le temps. Les vidéos de ces ouvriers du textile, cadrés au plus près par l’objectif de l’artiste, façonnent la réalité. Celle que l’on prend soin d’éviter. Individus devenus machines, corps devenus outils, mouvements répétitifs, mécaniques, muscles bandés comme les ficelles des métiers à tisser, une mixité au service d’une actualité hors temps, universelle.
Les téléviseurs, posés sur des socles, sont à hauteur d’yeux. Et sur l’écran, le regard des tisserands ne nous quitte pas. Déplacez-vous d’un pas, de dix pas, ils sont là, posés sur vous, sans colère, sans animosité, sans sourire. Un regard, des faisceaux de regards qui convient le nôtre et nous placent en témoin de l’activité (in)humaine.
Un portrait s’achève. La tension entre les gestes répétitifs, les claquements mécaniques du métier à tisser et l’intensité constante du regard se dénoue…Immédiatement relayé par un nouveau portrait, un autre individu, soudé à sa machine. Bras marionettisés, ficelles tendues du métier à tisser, plaques de bois qui claquent : sons et tensions traversent les écrans et tracent un chœur de diagonales. Cette multitude de mouvements tisse autour du public un réseau arachnéen, lignes d’émotions, fils de tension.
Regards grands ouverts, bouches closes : la figure humaine, jusqu’alors uniquement perceptible par son absence chez Tania Mouraud, envahit les écrans. Elle affirme sa diversité et sa richesse. Elle impose son humanité.
La visite est éprouvante. Les rythmes sonores et visuels s’épousent, se complètent et s’intensifient les uns les autres. Ils saturent l’espace de leur force et de leur présence. Nos repères s’effondrent un à un.
La Fabrique, remise en pertinence d’un témoignage visuel au regard de l’histoire et au regard de l’art, est une œuvre déstabilisante, indispensable.

Au Tri Postal
Dans le cadre de l’exposition Bombay, Maximum City
59000 Lille
Jusqu’au 14 janvier 2007

P.LQ.
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Total Kubrick, exposition à Gand

Après Melbourne, Francfort et Berlin, Le Caermersklooster de Gand, monastère à l’architecture vertigineuse, accueille l’exposition Stanley Kubrick. Une exposition idéalement mise en scène dans cette construction lumineuse.
L’espace -1200 m2 - est divisé en treize lieux, chacun accueillant un des films du réalisateur. Un de films, c'est-à-dire un chef d’œuvre. Et l’immersion dans le cerveau, la minutie et le perfectionnisme obsessionnel de Kubrick est totale. Renversante. Et souvent angoissante.
800 objets, costumes, affiches, story board, photos de tournages, mais aussi des reconstitutions de décors, des projections d’extraits, d’interviews (et elles ont été très rares durant la carrière du maître !) jalonnent ce parcours miraculeux.
Rarement exposition sur un réalisateur n’aura été aussi vivante. On découvre avec délectation aussi bien les nombreuses versions d’affiches créées pour chaque film que les castings d’acteurs, les images de Kubrick dirigeant ses acteurs. Mais aussi les dessins griffonnés sur les scénarii, les esquisses et décors en volume du designer Sir Kenneth Adam, les objectifs utilisés (on apprend que Kubrick inventa des combinaisons inédites d’objectifs, creusant ses recherches filmiques dans tous les domaines, défrichant, risquant, artiste visionnaire et génial), les romans, faits divers, anecdotes qui l’ont inspiré.
Des décors ont été reconstruits, et l’émotion est vive de pénétrer dans le cerveau de Hal, de s’engager dans le couloir sombre de Shinning, le cœur battant, pour stopper net devant une vitrine blafarde où les robes bleues des fillettes évoquent leur fantômes, puis un peu plus loin de contourner prudemment la vitrine où les haches se dressent, menaçantes.
Différentes sont les sensations pendant l’évolution entre les masques aux yeux vides d’Eyes Wide Shut, la rencontre avec les femmes nues, tables pornographiques esthétisantes, d’Orange Mécanique...
Une salle de projection équipée de matériel ultra performant propose une immersion, sonore cette fois-ci, dans l’univers Kubrick.
On découvre aussi les archives, scénarii, costumes et décors des deux films jamais tournées : Napoléon et Aryans Papers.

L’interaction entre les installations vidéo, audio, les éléments tridimensionnels et les archives papiers nous entraîne dans un processus de création dont l’exploration suscite l’envie incontrôlable de revoir tous les films du réalisateur, ou de passer derrière la caméra.

Jusqu’au 7 janvier 2007
Au Caermersklooster
Vrouwebroersstraat 6,
9000 GAND (Belgique)

P.LQ.
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